Les élèves fantômes

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« À l'aube de cette énième rentrée scolaire, il nous faut agir en tant que modèle inspirant, instillant le goût du dépassement chez nos élèves », insiste l'auteur.

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Marc-André Girard

Directeur du secondaire au Collège Beaubois, conférencier et auteur du livre Le changement en milieu scolaire québécois

La rentrée scolaire est à nos portes et les enseignants s'activent à reprendre le boulot. Ces derniers reprennent le perpétuel cycle pédagogique là où ils ont laissé en juin dernier. De leur côté, les élèves se font tranquillement à l'idée qu'ils doivent reprendre le cours de leurs études avec tous les défis que cela présuppose.

Bref, tout s'aligne sommairement pour une année scolaire comme les autres. Le taux de décrochage scolaire continuera d'osciller autour de 20 % et une proportion encore plus grande d'autres élèves décrochera d'une façon encore plus insidieuse : ils seront présents physiquement en classe, tout y en étant absents mentalement. Bref, une année de plus au calendrier scolaire des élèves fantômes !

Il s'agit du mal du siècle, où quotidiennement, nos enseignants sont aux prises avec un évident désintéressement des élèves, menant à un ultérieur désinvestissement et à la démotivation de ces derniers. Il faut se rendre à l'évidence : trop d'élèves font du temps à l'école. En arpentant les salles réservées aux enseignants de n'importe quelle école québécoise, ces derniers dénoncent le manque d'autonomie, d'organisation, d'initiative et d'esprit critique de leurs élèves.

Pourtant, que faisons-nous dans nos classes pour favoriser un apprentissage approfondi ? Nous leur posons les problèmes déconnectés de leur réalité, que nous résolvons pour eux. Nous leur transmettons des connaissances prémâchées et préemballées, prêtes à l'emploi. L'élève n'a qu'à se présenter en classe pour prendre quelques notes afin de s'assurer de réussir un éventuel examen et le tour est joué. Les élèves fantômes comprennent bien le jeu et ils y excellent en faisant le minimum pour satisfaire les attentes exigées sans trop se fatiguer.

Il faut cesser de recycler nos vieilles pratiques pédagogiques et oser faire différemment.

Nous devons être meilleurs ! À l'aube de cette énième rentrée scolaire, il nous faut agir en tant que modèle inspirant, instillant le goût du dépassement chez nos élèves. Un enseignant ou un cadre scolaire qui cherche à se dépasser ou à se réinventer incite les jeunes à faire de même ! Les élèves doivent avoir hâte d'aller à l'école et de s'asseoir dans leurs classes.

Ainsi, pourquoi ne pas varier lesdites pratiques en recentrant l'élève au coeur de ses apprentissages, en lui redonnant une responsabilité pédagogique accrue dans sa propre démarche scolaire ? À l'heure actuelle, un des problèmes majeurs de l'enseignement occidental est le fait que l'enseignant est plus actif que ses élèves. Donnons la chance à ces derniers de devenir des explorateurs curieux et créatifs, lesquels sont encadrés par un enseignant-guide bienveillant qui se démarque par son enseignement ouvert et stratégique. Le plaisir d'apprendre et de découvrir sera décuplé et même partagé. L'enseignant n'a plus à s'afficher comme le monarque incontesté, unique dépositaire de la connaissance humaine.

En quoi ai-je hâte ? Voilà la question cruciale que chaque intervenant en milieu scolaire doit se poser à cette période cruciale de l'année scolaire. La réponse dictera certainement en quoi les élèves auront, à leur tour, hâte. Dix mois de défis s'ouvrent à nous ; il faut en saisir chaque instant pour en faire un moment incontournable et mémorable dans la vie d'un élève. Nous avons cette immense chance de pouvoir faire une différence tôt dans la vie d'un individu. Nous avons cette occasion de le marquer à vie et de contribuer à façonner les outils qu'il utilisera pendant des décennies. Voilà ce qui est à la base de la noblesse de la profession enseignante.

Maintenant, que les fantômes se réincarnent en de réels apprenants inspirés.

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