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« Je dédie ce texte à un pilier du monde communautaire que nous perdrons prochainement », écrit Hugo Brossard.

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Hugo Brossard

Intervenant jeunesse oeuvrant dans le domaine communautaire

Ma voiture communautaire a été accidentée. On soupçonne que l'autre conducteur n'avait pas tous ses moyens. Nous savons que ses perceptions sont distordues : il semble garder les yeux vers une destination sans se préoccuper de ceux qu'il écrase sur son passage.

Malheureusement, il nous a frappés de plein fouet sans s'arrêter pour nous aider. « Débrouillez-vous, a-t-il semblé dire. Je suis en route vers les cadeaux de 2018. »

Comme tout accidenté, nous avons de gros problèmes de cash flow. Quand le gouvernement est entré au pouvoir, il a voulu tout évaluer avant de respecter les promesses de ses prédécesseurs. Nous avons dû gruger nos marges de crédit en attendant le chèque. Sans économiser un sou, ce retard nous a causé beaucoup de tracas et, au final, nous a coûté de l'intérêt. 

Comme un invalide, nous représentons un risque que peu de banques veulent assumer. Il en va de même de plusieurs fondations privées. Le besoin, lui, ne fait qu'augmenter alors que les ressources diminuent.

Comme tout accidenté, on se doit de faire de la physio pour réapprendre à utiliser nos ressources. J'ai récemment parlé à un directeur de centre communautaire qui me disait que son équipe passe au-dessus de 25 % de son temps en recherche de subventions et en reddition de comptes. Tout ce temps serait mieux investi sur le terrain, mais il nous est impossible de le faire sans source d'argent stable. Si notre action mérite d'être soutenue, soutenez-la. Revenez aux subventions triennales et quinquennales. Laissez-nous le temps de développer le programme. De toute façon, en relation d'aide, on n'aboutit à rien en six mois. Tout se joue sur le long terme.

PAS ÉGAUX

Cette incertitude fait que, pour nous, la route est constamment brumeuse. Chaque année, nous perdons de véritables perles parce qu'elles n'en peuvent plus de se battre contre l'insécurité. Ceux qui restent souffrent de l'angoisse du survivant. Quand on croise un collègue victime de l'austérité, on est mal à l'aise. C'est sûr qu'on est heureux d'avoir survécu, mais on éprouve aussi une culpabilité. Pourquoi eux et pas moi ? Pourquoi ai-je survécu ? 

On tente de s'aider, mais on sait très bien qu'on se bat pour les mêmes ressources.

Pour nous, dénoncer publiquement et précisément les coupes subies par notre organisme revient à composer le numéro « Comment est ma conduite » derrière un 18 roues qui roule dangereusement. C'est un dilemme lourd de conséquences. Si l'entreprise ne sait pas que son chauffeur conduit comme un pied, elle ne peut rien faire. Idem pour l'austérité. Si personne ne parle de l'impact concret sur le terrain, la fable du « le service aux citoyens ne sera pas affecté » perdurera.

Or, notre crainte à tous est de tomber sur une grosse voix qui nous demandera si c'est bien nous dans la petite Jetta verte. Disons qu'on a peur de se faire couper par vengeance...

Tout comme sur la route, tous les organismes ne sont pas égaux. Nous avons notre lot de gros VUS. C'est moins proche de son environnement, mais c'est plus sécuritaire. Les plus gros centres survivent mieux aux coupes. Pour le privé comme pour le gouvernement, ils sont plus sexy. Les dons qui leur sont octroyés sont plus visibles, et donc plus rentables politiquement ou du point de vue marketing. 

En période de disette, certains centres tentent de devenir la voix du quartier et d'absorber les plus petits pour centraliser les subventions. D'autres prennent leur rôle de grand frère au sérieux et tendent la main de l'amitié aux centres de proximité. Je salue au passage le Centre Jean-Claude-Malépart pour son implication auprès des petits centres du quartier.

Je dédie ce texte à un pilier du monde communautaire que nous perdrons prochainement. Sache que dans nos coeurs, ta croix blanche sur le bord de la route sera toujours la plus fleurie.

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