Un jour, ce sera votre tour

« Pourrait-on augmenter marginalement l'imposition de ceux qui ont... (PHOTO MARTIN CHAMBERLAND, ARCHIVES LA PRESSE)

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« Pourrait-on augmenter marginalement l'imposition de ceux qui ont les moyens de payer n'importe quel service d'enrichissement à leur enfant, de payer pour des soins de santé au privé, qui s'imaginent qu'ils n'auront jamais besoin d'organismes communautaires et qui finiront leurs jours dans une maison de retraite luxueuse ? », demande René Coignaud.

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René Coignaud

Directeur de l'Association coopérative d'économie familiale de l'Outaouais

On connaît les faits : nous sommes en déficit, la dette augmente et elle coûte une fortune. La seule solution : comprimer les dépenses pour soulager l'économie pour pouvoir recommencer à investir. Si ça fait mal, nous dit-on, c'est un sacrifice temporaire et nécessaire pour nos enfants. Au fait, qui au juste peut être contre se sacrifier pour les enfants ?

Ainsi, les enfants en difficulté qui attendent plus longtemps pour voir un professionnel à l'école le font pour leur propre bien et ils rattraperont leur retard d'apprentissage plus tard quand l'économie ira mieux. À moins qu'ils aillent payer une fortune au privé, si leurs parents ont l'argent. Ça contribue à l'économie : tout est dans tout !

Donc, on augmente les frais des CHSLD pour les personnes âgées à faibles revenus fixes, on coupe dans la nourriture et on réduit les activités pour les désennuyer. Elles n'ont qu'à attendre entre deux lointains bains en pensant à leurs petits-enfants pour lesquels elles se sacrifient temporairement. On s'occupera d'elles quand l'économie aura pris du mieux... voudrait-on nous faire croire.

Certainement, on vous fait payer de plus en plus pour toutes sortes de frais à l'hôpital, parfois au profit de la fondation censée vous venir en aide. C'est peut-être pour vous responsabiliser. C'est bien connu de ceux qui ne vivent pas cette réalité : les malades qui n'ont pas d'autres réels choix que de payer sont très irresponsables ! Qu'ils prennent leurs maux en patience, on a une économie à guérir avant eux ! Chacun son tour.

À n'en point douter, lorsque les organismes comme le mien peinent à équilibrer leur budget, ils n'ont qu'à réduire encore un peu plus leurs heures d'activités, à figer les salaires déjà non compétitifs et à trouver magiquement les économies qu'ils ont été trop bêtes pour déceler au cours de décennies de vaches maigres. Ils peuvent aussi, tout naturellement, se consacrer davantage à des collectes de fonds au détriment de leur mission. De toute manière, les gens n'ont qu'à attendre que l'économie aille mieux pour aller mal, soit, dans notre cas, avoir des problèmes d'endettement, semble-t-on nous dire.

Pourrait-on, temporairement, augmenter marginalement l'imposition de celles et ceux qui ont les moyens de payer n'importe quel service d'enrichissement à leur enfant, de payer pour des soins de santé au privé, qui s'imaginent qu'ils n'auront jamais besoin d'organismes communautaires et qui finiront leurs jours dans une maison de retraite luxueuse ? Calmez-vous, c'est temporaire, le temps que l'économie aille mieux !

Quelle monstrueuse hérésie, pensez-vous : ça nuirait à l'économie : elle ne s'en remettrait jamais. Vous prendriez vos jambes à votre cou pour épargner un ou deux points de pourcentage d'impôt sur vos revenus les plus élevés ou sur vos gains en capital et ce sont les démunis qui en souffriraient le plus ! C'est fou comment on se préoccupe des démunis !

Bien sûr, vous travaillez fort et vous méritez vos revenus. Ce n'est sans doute pas le cas des préposés aux bénéficiaires qui prendront soin de vous plus tard pour un salaire de misère, aux gens du milieu communautaire et tous les petits salariés qui vous servent sans le moindre effort ou mérite et qui écopent.

Et continuez d'imaginer que votre poste ne sera jamais aboli et que vous aurez toujours les moyens de ne pas voir les effets des politiques d'austérité.

C'est comme si un sacrifice pour les enfants semble toujours plus nécessaire lorsqu'il ne nous affecte pas !

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