Nous prend-on pour des imbéciles ?

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Marie-Claude Taillon

Saint-Basile

Les enfants ne sont pas des paramètres, les enseignants ne sont pas des imbéciles, mais que penser des décideurs ?

Depuis la dernière chronique d'Alain Dubuc sur la signification du mot « démantèlement », le 11 mai, et ma réponse publiée dans votre journal, je constate que son analyse de la situation en éducation quant aux dégâts provoqués par les coupures est tout à fait appropriée.

Néanmoins, dans son article du 6 juin, il aurait pu aller encore plus loin dans sa conclusion. En effet, la décision de couper dans les services aux clientèles les plus vulnérables est non pas « parfois », mais bien « toujours » un calcul politique de la part des décideurs dans les commissions scolaires et, par ricochet, des directions quasi silencieuses à ce sujet. En effet, en coupant dans des services en adaptation scolaire, ils recevront moins de plaintes de ces parents et auront moins besoin de débattre pour faire accepter leurs décisions. Ce serait exactement le contraire s'ils visaient des coupes dans les classes d'élèves performants. Odieux, n'est-ce pas ?

De plus, ces décideurs aiment dire qu'ils croient à l'intégration des élèves en difficulté en classe régulière, mais du même souffle, ils modifient l'application des critères de classement ou mettent de la pression sur les enseignants pour gonfler les notes des élèves (Louise Leduc, La Presse, 4 juin 2015). C'est ainsi qu'ils justifient leurs décisions de fermer les classes d'adaptation depuis déjà quelques années. Difficile de penser qu'ils administrent avec un souci pédagogique avec de tels agissements !

OÙ SONT LES DIRECTIONS ?

Lorsque les enseignants ont sollicité l'appui des directions d'école afin de dénoncer les coupures gouvernementales, elles ont répondu qu'elles ne voulaient pas se mêler des négociations. Toutefois, ils ne leur ont pas demandé de se prononcer sur les aspects monétaires de la convention, mais plutôt de défendre le bien-être des enfants en demandant, comme les enseignants, le maintien des services et des ratios acceptables d'élèves dans les classes.

Il semble aussi que les directions auraient peur de ne plus pouvoir exercer leur autorité sur les enseignants si elles les appuyaient.

Les profs comprennent très bien qui sont leurs patrons avant, pendant et après les négociations. Au contraire, ils manifesteront encore plus de respect envers leurs supérieurs immédiats s'ils se portent eux aussi à la défense de l'école publique de qualité pour tous. 

Présentement, les enseignants sont plutôt perplexes quant au silence des directions. Seraient-elles d'accord avec ces coupes ? 

Pourtant, elles chuchotent à voix basse qu'elles sont très heureuses que le combat soit mené par les profs à leur place ! C'est une phrase que j'ai entendue.

Certains directeurs expriment l'idée qu'ils seraient en quelque sorte muselés par leurs patrons des centres administratifs, ne pouvant dénoncer les décisions gouvernementales. Mais ne font-ils pas partie pour la plupart de l'Association québécoise des directions d'établissement ? Sur leur site, on y lit : « Dans le cadre de cette mission, la Fédération garde le cap sur l'autonomie pour une gestion pédagogique où l'élève est le centre de nos préoccupations et de toutes nos décisions. » 

Alors, pour maintenir cette autonomie, elle devrait rapidement dénoncer ces compressions, sachant déjà les torts irréversibles qu'elles causent aux enfants. Ce serait une excellente façon de démontrer que la philosophie de l'élève au centre de leurs préoccupations est réelle.

Il est facile de croire que plusieurs décideurs du milieu scolaire se préoccupent davantage de leur carrière personnelle en prévision des fusions et que certains, sans aucune culpabilité, toucheront de belles primes de mise à la retraite ou encore accepteront des postes moins importants tout en conservant leur salaire, et ce, malgré la situation économique soi-disant catastrophique du Québec. Quels sacrifices feront-ils, eux, comparativement aux enfants ?

Ils n'auraient pas le choix d'appliquer les coupes gouvernementales. Il faudrait arrêter de prendre les enseignants pour des imbéciles...

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