Le virtuel alimentaire

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Depuis la création d'AmazonFresh en 2008, la division alimentaire de l'entreprise ne cesse de développer de nouveaux marchés, observe Sylvain Charlebois.

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Sylvain Charlebois

Spécialiste de la distribution et des politiques agroalimentaires, l'auteur enseigne à l'Université de Guelph.

Les choses se corsent encore dans le secteur de la distribution alimentaire. Cette fois-ci, c'est le commerce en ligne qui s'apprête à vivre une révolution.

Depuis une dizaine d'années, le commerce virtuel de la distribution alimentaire n'a pas vécu de grands bouleversements. Sobeys/IGA l'opère déjà depuis un certain temps au Québec, tandis que Longos et Grocery Gateway desservent la région torontoise. C'était à peu près tout jusqu'à maintenant, mais voilà que d'autres grands acteurs s'activent dans le cyberespace alimentaire depuis quelque temps, et pour cause.

D'abord, Loblaw, le plus grand détaillant au pays, amorçait un projet-pilote l'automne dernier, permettant aux consommateurs de passer une commande en ligne et de la ramasser ultérieurement à un endroit précis. Le géant de l'alimentation vient d'annoncer qu'il planifie étendre ce modèle d'essai à plus de 50 magasins d'ici la fin de cette année.

C'est maintenant au tour de Wal-Mart d'annoncer un projet expérimental similaire. Le géant américain tentera a priori d'apprendre à vendre des produits alimentaires dans la région d'Ottawa. Cette stratégie s'arrime bien avec ses ambitions alimentaires en magasin, qui augmentent leur superficie dédiée à l'alimentation. Pour en rajouter, certains projets se concrétisent chez Sobeys et Metro.

LE CAS AMAZONFRESH

Cet éveil soudain des acteurs de la distribution alimentaire n'est certes pas le fruit du hasard. Amazon, le maître du cybercommerce, augmente depuis quelques années son offre alimentaire en ligne. Le poids cybernétique d'Amazon est inégalé. Non seulement le site est visité chaque mois par plus de 5 millions de Canadiens, mais en plus l'entreprise livre gratuitement ses produits tandis que de nombreux détaillants ajoutent des frais de livraison pour les commandes en ligne.

Depuis la création d'AmazonFresh en 2008, la division alimentaire de l'entreprise ne cesse de développer de nouveaux marchés pour vendre des produits frais et surgelés, jusqu'à la région de Vancouver au Canada. C'est une question de temps avant qu'AmazonFresh ne s'étende vers l'est du pays. Pour amplifier le pouvoir logistique de l'entreprise, Amazon explore même la possibilité de livrer des commandes par drones, réduisant ainsi ses coûts de livraison de plus de 85 %. À vrai dire, depuis les beaux jours des laitiers et des camions de livraison, les choses ont bien changé...

Loblaw, Sobeys, Metro et tous les autres savent qu'AmazonFresh représente une véritable menace pour l'industrie. Pour vendre des produits alimentaires, Amazon n'a pas vraiment besoin de faire un profit puisqu'elle vend déjà des millions d'articles ayant une marge plus élevée. De plus, Amazon veut augmenter son influence alimentaire pour fidéliser sa clientèle. Et comme les consommateurs achètent plus fréquemment de la nourriture qu'un livre, par exemple, ceci apparaît comme un incitatif extrêmement intéressant pour l'entreprise.

Le marché s'estime prêt pour le commerce alimentaire électronique, et l'ensemble de l'industrie le reconnaît.

Avec les boomers qui vieillissent, plusieurs ne pourront visiter leur supermarché favori aussi souvent qu'auparavant ; les couples qui travaillent sont bousculés par le temps, bref, le moment est très opportun.

DES HABITUDES À PRENDRE

Toutefois, l'élaboration de ce nouveau canal de distribution n'est pas sans défi. Le hic de l'achat alimentaire sur l'internet est de bien synchroniser l'acte de vente du client avec sa visite subséquente au magasin pour ramasser la commande. Une commande préparée trop en avance, surtout pour les produits réfrigérés et surgelés, peut créer certains ennuis. Aussi, laisser un pur inconnu sélectionner vos produits frais n'est pas pour tout le monde. Mais selon certaines statistiques provenant des États-Unis, une fois la première commande effectuée, les consommateurs se sentent plus à l'aise avec l'idée de laisser quelqu'un d'autre faire le choix pour eux.

D'ici 2018, certains estiment que le commerce alimentaire électronique triplera au Canada. Présentement, ce commerce représente à peine 1 % des 120 milliards de dollars de produits alimentaires vendus annuellement. C'est très peu si on compare le Canada à l'Europe, où l'achat alimentaire en ligne dépasse 2,5 % des ventes. En Grande-Bretagne, près de 4,5 % des ventes émanent de ce cybercommerce. Le ratio d'achat par l'internet est aussi plus élevé en Chine, en Corée, en Australie et au Japon.

Avec les récentes annonces de Loblaw et Wal-Mart, le Canada, pays le plus branché sur la planète, est simplement sur le point de rattraper le reste du monde. Rien de plus.

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