« Il reste un pas à faire »

Jacques Parizeau, lors de son discours de défaite... (Photo archives La Presse)

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Jacques Parizeau, lors de son discours de défaite au référendum de 1995.

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Jacques Parizeau

Ancien premier ministre du Québec

Nous publions ici le texte de la déclaration faite par Jacques Parizeau, alors premier ministre du Québec, au lendemain du référendum de 1995.

Il y a sept ans, j'ai fait un pari fou. Le pari de reprendre un combat que plusieurs disaient vain. Que plusieurs disaient fini, foutu. J'ai fait le pari que les Québécoises et les Québécois ne se contenteraient jamais d'être autre chose qu'un peuple. Et que la seule façon que nous ayons d'être un peuple, c'est d'avoir un pays à nous.

Pendant sept ans, petit à petit, les événements ont donné raison aux héritiers de René Lévesque. Pendant sept ans, petit à petit, la souveraineté a repris ses forces, elle a essaimé dans d'autres partis, sur d'autres tribunes, elle s'est renouvelée dans son contenant comme dans son contenu.

D'autres sauront, mieux que moi, faire le bilan de ces sept années. Pour ma part, je retiendrai quatre choses. D'abord, le fait qu'une nouvelle génération de Québécois ait repris le flambeau de la souveraineté avec un enthousiasme et une ardeur sans pareils. C'est pour moi la plus grande réalisation que le mouvement souverainiste pouvait accomplir : se donner une nouvelle jeunesse. S'inscrire définitivement dans la durée.

Puis, le fait que la souveraineté se soit étendue à toutes les générations de Québécois. Cette année, il y avait des indépendantistes aux cheveux encore plus blancs que les miens. Nous avons donc réalisé, pour la souveraineté, le mariage de la sagesse et de la fougue de la jeunesse, donc de l'expérience et de l'énergie. Une cause qui réussit cette jonction ne pourra jamais mourir. J'ajoute que nous avons su donner aux femmes une voix plus forte au sein et à la tête de notre parti et de notre gouvernement. C'est pour moi une grande victoire.

SCÈNE FÉDÉRALE

Aussi, ces dernières années, la voix souverainiste s'est enfin fait entendre sur la scène fédérale, là où elle n'avait auparavant pas droit de cité. C'est un changement majeur qui modifie toute la donne.

Finalement, nous avons su, il me semble, donner un contenu nouveau à la souveraineté. Un nouveau contenu économique, en mettant au coeur de notre projet la nouvelle réalité d'une planète qui est aujourd'hui presque un seul grand marché. Un nouveau contenu social, car nous avons su concilier notre instinct de solidarité et d'entraide et les rigueurs actuelles de la situation économique et financière.

Notre souveraineté, nous en avons fait un projet aussi humain que politique et économique, aussi individuel que mondial, un projet que nous avons enrichi et diversifié, et c'est pourquoi, je pense, il a réussi à toucher autant de gens. (...)

Parmi eux, il se trouvera demain - c'est une certitude - des leaders qui sauront faire franchir à la souveraineté de nouvelles frontières.

Et il y a une de ces frontières que, bien humblement, j'ai été incapable de franchir. Je n'ai pas réussi à faire en sorte qu'une proportion significative de nos concitoyens anglophones et allophones se sentent solidaires du combat de leurs voisins. René Lévesque s'était épuisé en vain sur ce même clivage. Gérald Godin avait réussi à se faire beaucoup d'amis dans ces milieux, mais bien peu de convertis. C'est pour moi une déception très grande, car je sais les efforts que nous avons tous mis depuis sept ans à transformer cette réalité. Cela explique aussi que j'ai pu, hier, formuler cette déception dans des termes qui auraient pu être beaucoup mieux choisis.

J'ai aussi parlé d'argent, et je vous dirai que nous entendons appliquer avec toute la vigueur dont elle est capable la Loi sur la consultation populaire que nous a léguée René Lévesque. Le camp du NON a réussi à dépenser en une journée presque la somme totale respectée par le camp du OUI pour toute la campagne. Les infractions massives infligées à notre cadre démocratique ne seront pas oubliées.

Mais assez parlé du passé.

MATURITÉ DÉMOCRATIQUE

Une des magnifiques nouvelles de la journée d'hier fut le taux de participation de 94 % et la sérénité du vote qui témoignent que nous avons ici une population qui ne connaît pas d'égale, sur le globe, quant à sa maturité démocratique. Je salue tous les électeurs et toutes les électrices.

Il s'est produit hier une autre chose extraordinairement importante. Les Québécoises et les Québécois ont signifié à leurs voisins et au monde qu'ils doivent être reconnus comme peuple. Les hochets symboliques de société distincte et d'ententes administratives doivent être remisés dans les cercueils de Meech et de Charlottetown : c'est leur place.

Les Québécois ont dit hier qu'ils veulent une véritable reconnaissance et qu'ils n'accepteront rien de moins que l'égalité.

Il faut être clair : hier, le Québec s'est levé. Il s'est levé pour de bon, et on ne pourra jamais le faire reculer.

Hier, le Québec s'est enfin levé : il lui reste un pas à faire. Il a l'élan voulu, il en a la capacité, il ne lui manque que l'occasion. Elle viendra bientôt, j'en suis profondément convaincu.

Comment ce pas doit-il se faire ? Par où passe le chemin qui mènera au nouveau et inévitable rendez-vous avec la souveraineté ? Ce n'est pas à moi de le dire, ce n'est pas à moi de le faire.

Avec mes qualités et mes défauts, j'ai contribué à conduire ce grand projet au résultat du 30 octobre. D'autres, maintenant, lui feront franchir la dernière frontière. J'annonce aujourd'hui qu'à la fin de la session parlementaire de l'automne je libérerai les postes de premier ministre, de président du Parti québécois et de député de l'Assomption, que les Québécoises et les Québécois m'ont fait l'honneur de me confier (...).

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