Passer l'arme à droite

Pierre Karl Péladeau... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, ARCHIVES LA PRESSE)

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Pierre Karl Péladeau

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Sébastien Sinclair

Étudiant à la maîtrise en science politique, UQAM

J'ai toujours été de ceux, malgré toutes les preuves que les années ont pu m'apporter, qui pensaient que les militants du parti de René Lévesque étaient, d'abord et avant tout, des progressistes.

En effet, malgré les politiques mises de l'avant par leurs différents chefs, que ce soit René Lévesque et les compressions salariales draconiennes dans la fonction publique dans les années 80, Lucien Bouchard et le virage à droite dans les années 90, ou, plus récemment, Pauline Marois et ce mélange de conservatisme culturel et de régression sociale plus ou moins assumé, j'ai toujours eu cette forte impression que les militants du PQ étaient fiers non seulement de leur langue et de ce pays qu'ils et elles souhaitent construire, mais d'abord et avant tout de ce qu'il est convenu d'appeler le modèle québécois, qui relève d'une vision sociale-démocrate, solidaire, ouverte et progressiste, de notre société.

Aujourd'hui, alors que le PQ s'apprête à élire Pierre Karl Péladeau comme chef, je me dois de reconnaître mon erreur. En effet, ces militants pour lesquels, malgré nos profondes divergences sur un grand nombre d'enjeux - moi qui suis un progressiste « radical » -, j'avais encore hier ce respect dû à ceux et celles qui militent, comme moi, certainement avec des moyens qui diffèrent, mais toujours dans le but d'atteindre une société plus juste, plus équitable, plus ouverte et plus solidaire.

Aujourd'hui, ce respect disparaît. Votre lutte n'est plus la mienne, elle n'est plus celle pour la justice, pour une société plus égalitaire, plus forte et plus verte, mais bien celle pour le pouvoir, en lui-même et pour lui-même.

Vous vous apprêtez à sacrifier vos valeurs, vos principes et votre histoire sur l'autel d'une hypothétique victoire. Mais de quelle victoire s'agit-il ? Certaines victoires n'ont-elles pas le goût amer de la défaite ?

Ce pays que vous souhaitez construire, ne voyez-vous pas que vous en viciez les fondements avant même d'en commencer la construction ?

Vous souhaitez vivre dans un pays qui, pour voir le jour, a dû museler la moitié de ses médias, si ce n'est les transformer en purs organes de propagande ? Vous accepteriez que, pour la naissance de ce pays, nous renoncions collectivement à ce qui fait du Québec une société distincte, c'est-à-dire la solidarité de son peuple ? Cette solidarité économique et politique, mais aussi et surtout culturelle et sociale. Si, pour faire du Québec un pays, vous êtes prêts à tout sacrifier sur l'autel de l'économie, plus rien ne nous rassemble. Un pays où le pétrole passe avant l'environnement, les banques avant la jeunesse, le profit avant les aînés, l'argent avant les êtres humains ; ce n'est pas un pays, c'est un Wal-Mart. Pour construire un Wal-Mart, nul n'est besoin de référendum, les libéraux nous le prouvent chaque jour.

Un pays construit sur la richesse, la puissance et l'influence d'un seul homme ne sera jamais la fierté d'un peuple. Une monarchie médiatique, voilà ce que vous construisez, rappelez-vous-en lorsque vous élirez votre roi.

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