Autres temps, autres moeurs

À la fin des années 60, seul l'enfant né... (PHOTO SCOTT EELLS, ARCHIVES BLOOMBERG)

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À la fin des années 60, seul l'enfant né d'un Canadien à l'étranger pouvait obtenir la citoyenneté, rappelle l'auteure.

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Claire Viens

Ex-consultante en développement international

Arrêtons de diaboliser des décisions prises en d'autres temps.

Je me réfère à l'article de Nelly Marcoux qui revient sur le fait que « jusqu'au début des années 80, les femmes autochtones perdaient leur statut et se voyaient obligées de quitter leur réserve lorsqu'elles se mariaient avec un allochtone alors que les conjointes non autochtones d'un Indien obtenaient le statut d'Indien ainsi que le droit de vivre sur la réserve ». On peut en déduire qu'on considérait que les réserves étaient des territoires où vivaient d'« autres nations ».

Permettez-moi de revenir quelques années en arrière et vous raconter que, quand j'ai émigré en Espagne, nouvellement mariée, on m'a donné la citoyenneté espagnole automatiquement, par le seul fait de mon mariage avec un citoyen espagnol. Ainsi, acquérir une citoyenneté par mariage ne fait sourciller personne. Ne dit-on pas que « Qui prend mari, prend pays » ? 

Je me demande d'ailleurs quelle était la tradition dans les sociétés autochtones au moment où a été instituée la disposition qui fait que la femme qui épouse un non-Autochtone perd son statut d'Indienne. J'imagine qu'elle acquérait par le fait même le statut de Canadienne. Et si elle épousait un Indien d'une autre « tribu », devenait-elle membre de cette dernière ?

Je crois qu'il est sage de contextualiser les décisions prises à des années-lumière de nos valeurs actuelles et d'arrêter de les diaboliser.

Autres temps, autres moeurs. Concentrons plutôt notre créativité et nos énergies à ne pas « perpétuer le conflit » et « adopter une approche proactive misant sur [...] la recherche de solutions », pour reprendre les mots de l'auteure.

ÉLARGIR SES HORIZONS

Je continue mon histoire personnelle. Serez-vous surpris d'apprendre que, lorsque j'ai voulu inscrire à l'ambassade du Canada mon enfant née en Espagne - c'était à la fin des années 60 -, j'ai appris que seul l'enfant né d'un Canadien à l'étranger obtenait la citoyenneté. J'étais à ce point incrédule que la consule a dû me faire lire l'article de la Loi sur la citoyenneté pour m'en convaincre. Je me sentais attaquée dans mon essence même, c'était viscéral.

Quand nous sommes venus nous installer au Canada, mon enfant a été immigrante dans mon propre pays et a obtenu la citoyenneté canadienne en même temps que son père. Ce n'est qu'en 1977 qu'une modification de la Loi sur la citoyenneté a permis qu'un enfant né d'une Canadienne à l'étranger obtienne la citoyenneté de sa mère. Autres temps, autres moeurs.

Enfin, je ne peux m'empêcher de souligner qu'il est réducteur de définir le racisme comme un « système d'oppression et de dépossession des peuples racisés au bénéfice de la société dite "blanche" ». Il existe des comportements de nature « raciste » entre groupes ethniques de même couleur, qu'ils soient blancs, rouges, noirs ou jaunes. Pour s'en rendre compte, il faut élargir ses horizons.

Laissons derrière nous la culpabilisation des Canadiens d'aujourd'hui pour les actions de nos aïeux et investissons nos énergies à la réparation de ce que nous considérons aujourd'hui comme des torts.

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