M. Barrette, pourquoi n'agissez-vous pas ?

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L'auteur déplore que le ministre de la Santé rejette d'un revers de main les suggestions mises de l'avant par le Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée.

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Michel Aubé

Neurologue, Institut neurologique de Montréal

Monsieur le ministre,

Vous dites ne pas être impressionné par les 12 propositions du Regroupement des omnipraticiens pour une médecine engagée (ROME) pour tenter de rendre accessible aux malades les services qui leur sont nécessaires.

J'ai donc quelques petites questions pour vous, M. Barrette.

Quand allez-vous cesser de considérer que vous êtes l'unique détenteur des solutions appropriées au problème que semble présenter le système médical au Québec, et ce, même si vous ne consultez jamais de bonne foi les acteurs sur le terrain ?

Vous rejetez d'un revers de main une série d'idées sans les avoir considérées. Vous parlez d'offre de services, mais avez-vous mesuré, justement, la pertinence de votre proposition d'augmenter l'offre de services sans responsabiliser les patients ? Les mécanismes de responsabilisation des patients ne sont évidemment pas rentables politiquement.

J'en suis à plus de 45 ans de pratique médicale spécialisée, quelques années de plus que vous, d'autant plus que vous avez occupé des postes administratifs pendant plusieurs années et que vous avez antérieurement pratiqué comme radiologiste, bien loin des soucis de la pratique médicale de première ligne.

Ceci étant dit, en tant que personne responsable, il m'apparaitrait tout à fait approprié que vos hypothèses soient testées et validées. Jusqu'à maintenant, elles m'apparaissent comme des diktats sans fondement.

Vous devriez peut-être l'avouer : le système de santé au Québec coûte énormément cher et les bailleurs de fonds sont à vos trousses pour sa mauvaise administration antérieure.

Ce ne sont ni les patients ni les médecins qui ont structuré ce système de santé. Il l'a été initialement pour des raisons politiques (système de santé publique universel), mais sans jamais développer une politique du patient responsable. 

La semaine dernière, pas moins de six de mes patients ont annulé à quelques minutes d'avis un rendez-vous prévu de longue date, et vous parlez de la responsabilité des médecins dans l'accessibilité aux soins médicaux...

POUR UN TICKET MODÉRATEUR

Une grande proportion de patients dans les salles d'urgence consultent pour des conditions triviales. Quand allez-vous avoir le courage non pas de pénaliser les travailleurs de la santé, mais bien de responsabiliser les utilisateurs ? Introduisez, si vous êtes sérieux et non pas politicien, un ticket modérateur pour tous et vos urgences se videront. Introduisez une politique de prévention de l'obésité, du tabagisme, des mauvaises habitudes alimentaires et votre facture baissera.

Vous parlez d'accessibilité aux soins. Dites-moi, pourquoi les radiologistes sont-ils les seuls médecins à se pourvoir d'un privilège de pratique privée et publique sur le même trottoir ? L'accessibilité aux examens radiologiques en privé est tout à fait disponible. Pourquoi ne pas mettre sur pied un tel système pour tous les médecins, comme c'est le cas dans les pays évolués ?

Vous avez récemment rendu exclusivement générique l'utilisation des médicaments. Quand avez-vous consulté les médecins à ce sujet ? Dans ma spécialité (neurologie), il existe une multitude de textes scientifiques témoignant de la perte de contrôle de la maladie épileptique lorsque les médicaments choisis sont remplacés par les génériques.

Dites-moi, si vous voulez économiser sur le prix des médicaments et sur le coût du système, pourquoi permettre aux « snow-birds » de partir pendant six mois avec leur poche de médicaments, sans payer pendant six mois leurs taxes de consommation au Québec, tout en conservant leurs privilèges absolus vis-à-vis de la RAMQ ?

Pourquoi n'agissez-vous pas ? Évidemment, ceci n'est pas politiquement rentable. Il vous apparaît plus rentable de taper d'une façon odieuse et non fondée sur la tête des médecins. Ça, c'est politiquement rentable.

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