Une série de scénarios catastrophes

Des milliers de personnes ont perdu la vie... (PHOTO BERNAT AMANGUE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS)

Agrandir

Des milliers de personnes ont perdu la vie au Népal lorsqu'un puissant tremblement de terre a frappé le pays samedi dernier.

PHOTO BERNAT AMANGUE, ARCHIVES ASSOCIATED PRESS

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
François Audet

Professeur à l'École des sciences de la gestion de l'UQAM et directeur de l'Observatoire canadien sur les crises et l'action humanitaire

La terre a de nouveau tremblé au Népal, et c'est reparti pour un scénario catastrophe.

Celui de la catastrophe humanitaire elle-même, tout d'abord, compte tenu des répercussions sur la population. On est encore bien loin d'avoir toutes les données, mais déjà les morts se comptent par milliers, avec toujours plus de blessés, et des centaines de milliers de personnes ayant tout perdu. Devant un tel traumatisme, il ne faut pas non plus sous-estimer la cicatrice psychologique subie par des millions de personnes et qui prendra des années à se guérir.

Le second scénario catastrophe concerne la gestion de crise de la part du gouvernement canadien. Ce qui est arrivé dans la vallée de Katmandou, samedi dernier, n'était pas le premier tremblement de terre et ne sera, malheureusement, pas le dernier. Même si le gouvernement canadien n'a pas de responsabilité légale envers ses ressortissants, on peut sérieusement se questionner sur le manque de préparation et l'improvisation dont il a fait preuve.

Nonobstant le fait que le consulat canadien au Népal possède peu de capacité, la préparation aux désastres et la gestion de crise auraient minimalement nécessité un centre de contrôle pour grouper les informations sur les ressortissants. En gestion de crise, cela aurait dû être fait au préalable, de manière virtuelle et à faible coût. Par ailleurs, si la situation des ressortissants canadiens est déplorable et certainement angoissante pour leurs familles, les véritables victimes, celles qui n'ont pas de billet d'avion, restent les Népalais eux-mêmes.

RÉFLÉCHIR AVANT D'AGIR

Dans la réponse du Canada à l'égard du Népal, l'envoi de l'équipe d'intervention des Forces canadiennes est également discutable. La démonstration de l'efficacité de cet outil reste à faire, particulièrement lorsqu'on compare l'impact des montants investis par rapport aux financements utilisés à travers les ONG et dans le mouvement de la Croix-Rouge. Évidemment, une fois sur le terrain, cette équipe aura son utilité et la capacité logistique des militaires est indéniable. N'empêche que l'annonce de l'envoi de cette équipe, faite par le premier ministre lui-même - et cela, à quelques mois des élections -, nourrit l'hypothèse d'une instrumentalisation politique.

Un troisième scénario catastrophe se profile, celui-là sur le plan de la réponse humanitaire. Les organisations arrivent tous azimuts afin d'offrir un soutien indispensable aux blessés et survivants de la catastrophe. Cependant, leur arrivée en nombre important, ainsi que celle d'unités militaires, d'équipes d'évaluation, de journalistes, de curieux et d'autres touristes de l'humanitaire, risque de créer un scénario chaotique, les uns anéantissant ou diluant les efforts des autres. 

L'arrivée massive d'autant d'humanitaires a d'ailleurs apeuré le gouvernement népalais, qui tient à coordonner les efforts d'urgence et la reconstruction.

Les organisations humanitaires vont devoir éviter de tomber dans le piège de la compétition et du marketing de l'humanitaire ; quant à elles, les personnes voulant offrir leur aide sont priées d'envoyer de l'argent aux organisations professionnelles qui sont les plus aptes à faire le travail.

UN PEU DE RÉALISME

Un dernier scénario catastrophe se trouve enfin dans la couverture médiatique des faits. Les attentes des médias sont déjà trop élevées quant aux résultats immédiats. On imagine dès lors que dans un an, on demandera aux organisations où sont passées les sommes qui ont été envoyées au Népal tout en pointant du doigt le fait que la reconstruction n'aura pas été aussi rapide que « prévu ». Il faut que les médias soient réalistes : un pays détruit et qui possédait déjà des défis de gouvernance importants prendra des années avant de se remettre, et bien plus encore pour se reconstruire.

Il est normal, dans une catastrophe de cette ampleur, que la réponse humanitaire soit complexe et difficile. L'action humanitaire organisée qui suit ce genre d'événement est laborieuse, et la nuance entre succès et échec, extrêmement fragile. Dans tous les cas, la principale catastrophe que peuvent rencontrer ces scénarios reste bien, au final, l'indifférence.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer