1492$ de plus par enfant

Monsieur le ministre des Finances, madame la ministre de la Famille, jamais ne... (Illustration Thinkstock)

Agrandir

Illustration Thinkstock

Partage

Partager par courriel
Taille de police
Imprimer la page
Paolo Zambito

L'auteur termine une maîtrise en administration internationale. Il travaille dans le domaine de la sécurité financière.

Monsieur le ministre des Finances, madame la ministre de la Famille, jamais ne me suis-je senti aussi impuissant devant les politiques gouvernementales.

Voyez-vous, je viens d'utiliser votre calculateur pour savoir combien j'aurai à payer, par année, pour envoyer mes enfants en CPE. Moi et ma conjointe, ensemble, avons un salaire d'environ 120 000$ par année. Vous pensez peut-être que c'est beaucoup, mais j'ai plutôt l'impression que nous sommes très «dans la moyenne». Nos cartes de crédit sont remplies, nous ne sortons pas beaucoup, nous vivons avec une hypothèque de 224 000$ (nous habitons une petite maison très modeste de l'est de Montréal) et sommes obligés d'avoir deux autos pour nos emplois puisque nous travaillons «sur la route». Bref, à la fin de la semaine, notre revenu discrétionnaire n'est pas très élevé.

Ainsi, j'ai fait le calcul et, pour deux salaires, c'est 11,76$ par jour que cela nous coûtera d'envoyer nos enfants en CPE. Actuellement, le même service nous coûte 6,02$ en incluant le crédit d'impôt fédéral (il faut comparer des pommes avec des pommes). Annuellement, cela représentera donc une augmentation de 1492$ par enfant, que nous devrons payer d'un coup lors du dépôt de notre déclaration des revenus.

Passe encore que vous ayez décidé d'augmenter les tarifs de façon aussi draconienne. Passe encore que vous ayez décidé de moduler ces mêmes tarifs. Passe même encore que vous décidiez de pénaliser ma famille, à peu de temps d'avis, pour avoir eu la chance d'obtenir une place de garde subventionnée il y a cinq ans.

Inacceptable

Ce qui ne passe pas, c'est que vous forciez ma famille à payer l'ensemble de votre augmentation en un seul coup, lors du dépôt de notre déclaration de revenu, et que, avec votre réforme, vous vous trouverez à subventionner le réseau privé de façon à ce qu'il en coûterait moins cher pour ma conjointe et moi d'envoyer nos enfants au privé qu'au public. En fait, si je me fie à votre calculateur, les vraies places subventionnées seront les places en garderie privée. On dirait bel et bien que vous êtes en train d'utiliser l'argent public de mes taxes et mes impôts pour détruire le réseau public.

Ce qui m'enrage et m'attriste aussi, c'est votre entêtement, votre manque d'humanité, votre aveuglement. C'est probablement ce qui me sidère le plus d'ailleurs. Vous auriez pu apporter des amendements à ce projet de loi afin d'amortir le choc pour les familles (par exemple, une augmentation à 10$ par jour avec des crédits pour les moins nantis m'aurait semblé plus juste et plus facile à budgéter pour les gens de la classe moyenne), mais vous avez refusé de modifier ne serait-ce qu'une virgule.

Pire, de ce que j'entends, il y a encore plein d'éléments qui font en sorte que notre famille reste dans le brouillard quant au coût final de votre politique (par exemple, l'harmonisation avec les politiques fiscales fédérales). Sincèrement, vous trouvez qu'il est normal pour un citoyen d'avoir à recourir à un calculateur en ligne mal ficelé pour savoir, à peu près, combien leur coûtera un service gouvernemental dans un an? Personnellement, je trouve qu'il y a quelque chose d'immoral là-dedans.

Bref, nous pensions peut-être avoir un troisième enfant, mais je pense que nous serons obligés d'abandonner le projet. Malheureusement, je pense que nous ne serons pas seuls dans cette situation, et c'est peut-être ce qui est le plus profondément triste pour la société québécoise.

Partager

publicité

publicité

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

publicité

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

publicité

image title
Fermer