Le dilemme des cégeps

La dimension sociale de la grève du 1er... (Photo Paul Chiasson, archives La Presse Canadienne)

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La dimension sociale de la grève du 1er mai posera un dilemme aux directions des cégeps, croit Philippe Langlois.

Photo Paul Chiasson, archives La Presse Canadienne

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Philippe Langlois

Enseignant au Cégep de Sherbrooke

Il y a eu bien des dérapages la semaine dernière à l'UQAM, mais un de ceux qui est le plus lourd de sens est l'influence directe du premier ministre et du ministre de l'Éducation sur la décision du recteur Robert Proulx de faire intervenir les forces policières dans l'Université.

Voilà dans quelle situation intenable se retrouvent les responsables des services publics dont le gouvernement programme minutieusement l'asphyxie financière dans une perspective de privatisation. Coincés, certains inféodent leurs décisions aux intérêts du pouvoir, au risque de conséquences catastrophiques pour la communauté qu'ils dirigent, tel Robert Proulx. D'autres tiennent tête aux commandes politiques, au nom de l'intérêt supérieur de l'établissement dont ils portent la responsabilité, comme Jacques Turgeon, le patron du CHUM.

Le 1er mai, mon employeur, le Cégep de Sherbrooke, sera devant un dilemme semblable. Quelle sera sa réponse à la journée de « grève sociale » que tiendront ses professeurs, à l'instar de milliers d'autres au Québec ? Rappelons que cette journée tombe en dehors du cadre légal prévu pour l'exercice du droit de grève au Québec, soit celui de négociations portant sur le contrat de travail entre un employeur et ses employés.

À ce titre, mon employeur pourrait porter plainte de manière à ce que ses employés et leur syndicat subissent des amendes punitives. S'il le fait - rien ne l'y oblige - mon syndicat contestera ces amendes au nom du droit de ses membres à la grève, droit récemment reconnu comme constitutionnel par un jugement de la Cour suprême.

Une main tendue

Au-delà du problème légal, il y a le problème de la légitimité. La « grève sociale », par définition, ne vise pas à construire un rapport de force en vue de la négociation d'une convention collective, mais en vue de la défense du bien commun. En ce sens, le vis-à-vis des grévistes n'est pas l'employeur, qui administre au quotidien les conditions de leur production sociale et économique, mais le gouvernement, qui administre notamment les conditions de la reproduction de leur force de travail.

De quoi parle-t-on ici ? De tout ce qui, peu importe leur travail, rend les Québécois et Québécoises concrètement aptes et disponibles au travail, comme l'accès à l'éducation et la santé, la présence d'un filet social pour les plus vulnérables, l'existence d'outils de développement dans les régions, la protection des libertés fondamentales, etc. Ce sont les conditions de reproduction de l'existence qui sont saccagées par l'idéologie de l'austérité.

La dimension sociale de la grève du 1er mai posera donc un dilemme aux directions des cégeps. On peut résumer cette dimension en peu de mots : les grévistes défendent leur cégep, son existence, sa mission universelle face à un gouvernement qui a juré sa perte. Ils débrayent non pas contre leur employeur, mais justement en droite ligne avec sa responsabilité sociale première : veiller à l'existence d'une éducation collégiale de qualité.

Si mes yeux se tournent vers mon employeur, c'est aussi ma main qui se tend vers lui. Saura-t-il résister aux pressions politiques venues de Québec, lesquelles la presseront de punir ceux-là mêmes qui défendent l'institution dont elle porte la responsabilité ? Affirmera-t-il son autonomie au nom de devoirs plus élevés que celui d'obéir à la main qui le nourrit ? Rejoindra-t-il, pourquoi pas, ses professeurs dans la rue ?

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