Mon confrère, mon évêque, mon ami

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Le cardinal Jean-Claude Turcotte

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Claude Brissette

Prêtre du diocèse de Montréal

Jean-Claude Turcotte était mon confrère à qui j'ai pu dire familièrement à son retour de Rome en 1994: «Ainsi, tu as été "créé cardinal" », et sans hésiter, il m'a répliqué: «Je sais ce que c'est, faire quelque chose avec rien.»

Il n'a jamais porté ce titre que pour servir, à Rome comme à Montréal, pour ses frères évêques et ses confrères prêtres comme pour le plus petit des diocésains, jamais pour le prestige, l'honneur, le luxe.

Je me souviens lui avoir fait une remarque sur la manière dont il commençait souvent ses réponses aux questions qu'on lui posait: «Vous savez, moi, je ne suis pas un théologien...» Je comprenais le sens de son affirmation. Il voulait dire: «Je ne suis pas un théoricien, un spécialiste qui spécule sur des concepts abstraits, je suis un praticien.» Mais cet excès d'humilité pouvait en amener certains à penser que «si l'archevêque de Montréal n'est pas un théologien, alors on a un problème». Il n'a jamais plus, à ma connaissance, repris cette expression.

Oui, il était un pasteur avec un bon sens commun, le sensus fidelis qu'il utilisait dans ses nombreuses communications avec la population; il parlait le langage du peuple. À ce propos, il avait reçu pour son 50e anniversaire d'ordination presbytérale une lettre de deux pages, en latin, de Benoît XVI. Le pape y soulignait ses qualités de communicateur. J'en ai fait une traduction qui n'a jamais été publiée. Je veux partager avec vous quelques lignes particulièrement touchantes:

«Nous vous félicitons pour votre ferveur apostolique, votre fidélité envers le magistère, pour votre rectitude doctrinale autant que pour les positions pastorales que vous avez courageusement prises dans un contexte actuel difficile...»

Benoît XVI poursuit: «Nous ne pouvons passer sous silence le Synode qui, sous votre habile direction, a été célébré comme un événement unique procurant à votre archidiocèse un élan pastoral bienfaisant... À l'occasion de votre jubilé, nous vous envoyons comme un signe suprême de notre amitié, avec ces mots écrits avec notre coeur, notre bénédiction apostolique...»

Fidèle jusqu'à

son dernier souffle

Je suis particulièrement reconnaissant à cet évêque à la tête de notre Église, dont la porte de bureau était toujours ouverte pour ses prêtres collaborateurs. Un jour, il y a de cela 10 ans, il m'avait téléphoné lui-même pour me dire: «Claude, j'ai besoin d'un prêtre et c'est toi que je veux pour gérer le difficile dossier de nos trop nombreux immeubles de culte du diocèse, dans une période de décroissance...» Il voulait sauver l'Église davantage que les églises et il savait faire confiance aux collaborateurs qu'il avait choisis.

Il y a à peine quelques semaines, je lui ai exprimé ma reconnaissance pour les deux conclaves auxquels il a participé. Sa santé étant déjà chancelante, il avait hésité à se rendre à Rome quand Benoît XVI a démissionné. Il m'avait dit: «Je suis fatigué, je partirai donc la veille du début du conclave et reviendrai le lendemain de l'élection.» Je l'ai encouragé et il s'est quand même rendu à l'avance et est demeuré trois semaines à Rome malgré sa fatigue.

À son retour, je ne lui ai pas demandé pour qui il avait voté, puisque c'est secret absolu, mais je l'ai remercié de nous avoir donné le pape François, un pasteur selon le coeur de Dieu, comme lui-même l'a été. Tout récemment, il m'a raconté avec une vive émotion l'appel téléphonique du bon pape François qui l'a joint sur son lit d'hôpital et a touché son coeur avec des mots débordant d'Évangile.

Dans ces derniers mois, Jean-Claude a offert généreusement ses souffrances et ses prières, avec une foi inébranlable, à son Église qui est à Montréal. Cette Église, il l'a servie fidèlement, il l'a aimée jusqu'à son dernier souffle. J'ai eu le privilège d'en être le témoin. Cher Jean-Claude, auprès du Seigneur, tu veilles maintenant sur cette Église que tu as aimée et sur tous ceux et celles qui ont marché avec toi. Je reste pour toujours ton ami.

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