Vous êtes insensible, M. Couillard

Le projet de loi 20 vise à accroître... (La Presse Canadienne, Jacques Boissinot)

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Le projet de loi 20 vise à accroître l'accès aux services de santé, y compris l'accès à l'interruption de grossesse, a soulevé le premier ministre Philippe Couillard, en Chambre, désireux de mettre fin à la controverse suscitée par la manchette du quotidien Le Devoir.

La Presse Canadienne, Jacques Boissinot

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Anne Brault-Labbé

Professeure au département de psychologie de l'Université de Sherbrooke

Monsieur Couillard,

Sur le site du Parti libéral du Québec, dans la section qui partage votre vision en tant que chef du parti, on peut lire, entre autres:

«[...] j'ai sillonné les régions du Québec avec pour intention de m'imprégner des attentes, des préoccupations, des ambitions, des espoirs et des rêves des Québécois.»

Je ne peux qu'être incrédule et perplexe devant une telle affirmation. Presque tout dans votre manière de diriger la province me semble aller dans le sens inverse et m'apparaît indigne de ce que les Québécois devraient pouvoir minimalement espérer de leurs dirigeants dans un système qui se veut démocratique. Personnellement, au-delà du contenu lui-même de vos politiques (fort discutables, par ailleurs!), c'est au processus que je réagis le plus fortement.

Vous semblez insensible au fait que vos mesures d'austérité désorganisent, détruisent ou affaiblissent des milieux et des équipes de travail, des identités professionnelles, des réseaux de soins, des milieux de formation, des programmes d'études, des projets familiaux, pour ne nommer que quelques exemples. Vous semblez vous laver les mains du fait que l'ampleur des coupes répétées et récurrentes que vous imposez oblige plusieurs milieux à gruger les os de leurs propres structures, de surcroît sans pouvoir prendre vraiment le temps de réfléchir à la manière la moins destructrice de le faire étant donné les échéanciers déraisonnablement courts que vous imposez.

Comment pouvez-vous demeurer indifférent aux enjeux de santé organisationnelle et psychologique pouvant affecter des milliers de personnes qui subissent les effets du sabre que vous imposez? Comment arrivez-vous à évincer du tableau les coûts sociaux de telles conséquences à court, moyen et long termes? Comment pouvez-vous être sourd au fait que tant de citoyennes et de citoyens se sentent forcés de noyer leurs expertises et leurs convictions fondamentales (d'un autre ordre que financier!) dans le raz-de-marée que vous imposez? Comment arrivez-vous à faire la sourde oreille à ceux et celles qui décrient l'injustice de vos mesures sur le plan social?

Rétablir la confiance

Les sacrifices que vous exigez ne donnent aucunement l'impression de s'inscrire dans un projet collectif qui soit rassembleur. Ils s'inscrivent dans votre projet, dans votre course effrénée à l'équilibre budgétaire. Une course que vous semblez mener avec la fierté incompréhensible du coureur olympique qui franchirait le fil d'arrivée en un temps record, mais qui y parviendrait en faisant trébucher les autres coureurs sur son passage. Y a-t-il vraiment motif de se sentir victorieux dans un tel contexte?

Je suis en colère, mais aussi profondément heurtée par ce que vous faites au Québec. Trop souvent, la sourde oreille à laquelle se frappe la population lorsqu'elle vous communique sa révolte et son mécontentement a la couleur de l'abus de pouvoir et du mépris. Si ce n'est pas votre intention, il est grandement temps de rétablir et d'entretenir la confiance et la communication avec les citoyens grâce à qui vous êtes au pouvoir.

Ceci n'est pas une invitation au combat, mais plutôt une invitation à descendre de votre trône politique et à écouter ce que les Québécois ont à vous dire. Prendre le temps d'écouter et exiger la même chose de l'ensemble de votre équipe. Écouter vraiment et agir en conséquence.

C'est la demande que je vous adresse en tant que citoyenne, professeure, chercheuse, psychologue et mère qui vit au Québec, une province que j'aime profondément.

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