Adapter la médecine commence par le réalisme

«  Plus de 90 % des médecins d'urgence... (PHOTO ALAIN ROBERGE, ARCHIVES LA PRESSE)

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«  Plus de 90 % des médecins d'urgence au Québec sont des médecins de famille qui ont choisi ce type de pratique plus pointu », rappelle l'auteur, soulignant du même coup que ceux-ci ne font pas de prise en charge de patients récurrents. Sur cette photo, une simulation de traitement à l'hôpital du Sacré-Coeur à Montréal.

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Mathieu Bernier

Omnipraticien et médecin d'urgence à Gaspé

L'auteur réagit à la lettre du ministre de la Santé Gaétan Barrette, «Adapter la pratique médicale aux besoins des patients», publiée hier.

Dans sa lettre publiée hier, le ministre Barrette explique par un calcul simple que les médecins de famille du Québec ne «livrent» pas, pour reprendre ses mots, toutes les visites médicales qu'ils pourraient faire en travaillant à un rythme normal de 5 jours par semaine. Pour une personne non informée, qui ne connaît pas la médecine familiale, cela semble tout à fait crédible, et on peut en venir à se demander ce que font les médecins pour voir si peu de patients, comparativement au nombre attendu par le ministre. Ne travaillent-ils pas 5 jours/semaine, 40 semaines par année, dans leurs cliniques?

Justement, non. Pourquoi? Parce que depuis plusieurs années, le gouvernement du Québec a fait le choix d'utiliser massivement les médecins de famille pour combler des pénuries de services plus spécialisés dans les hôpitaux. Pour ce faire, il a instauré l'obligation, pour chaque omni, de faire au moins 12 heures par semaine à l'hôpital. Or, travailler dans un hôpital impose l'obligation de participer à des listes de garde, qui exigent en réalité beaucoup plus que les 12 heures théoriquement obligatoires selon la loi. Et le projet de loi 20 de Gaétan Barrette, loin de corriger la situation, va augmenter le nombre d'années d'application de cette mesure...

Le Québec est ainsi devenu la seule province au Canada où il est interdit de travailler comme médecin de famille à temps plein dans une clinique! Pas étonnant qu'il soit plus difficile qu'ailleurs de trouver un médecin de famille! Les nouveaux médecins de la relève qui aiment la prise en charge, ceux qui voudraient prendre beaucoup de nouveaux patients, se voient limités par le système actuel, qui les force d'aller à l'hôpital parfois des semaines entières pour faire certaines tâches que les autres provinces confient - probablement avec raison - aux spécialistes.

Il faut aussi mentionner un autre facteur important: les urgences. Comme la médecine d'urgence touche à tous les domaines et demande des connaissances plus générales que spécialisées, c'est un territoire d'omnipraticiens. Plus de 90% des médecins d'urgence au Québec sont des médecins de famille qui ont choisi ce type de pratique plus pointu. Leur travail est nécessaire, évidemment, mais cela fait un nombre considérable de médecins de famille que Gaétan Barrette inclut à tort dans son calcul, car ils ne font pas de prise en charge et vous ne les verrez sans doute pas dans des bureaux.

Bref, il est tout à fait vrai qu'il y a un problème d'accès aux médecins de famille au Québec. Cependant, le calcul que fait notre ministre de la Santé pour l'expliquer cache une réalité bien différente: c'est l'État, et non les médecins, qui a créé et qui entretient ce problème d'accès, par ses règlements désuets. Il est temps d'être réaliste et de discuter des vraies solutions, qui passeront inévitablement par la remise en question des règles établies.

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