Cessons de blâmer Greenpeace

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Greenpeace a déjà orchestré des gestes d'éclat pour dénoncer Résolu, comme sur le mont Royal, il y a un an.

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Michel A. Rathier

Conseiller stratégique auprès d'entreprises du domaine des ressources naturelles, l'auteur fut VP au sein d'un leader mondial de pâtes et papier.

«Nous avons tous droit à nos opinions, mais nous n'avons pas droit de déformer les faits». Cette citation fut attribuée à l'ancien sénateur américain Daniel Patrick Moynihan, aujourd'hui décédé, qui représenta l'État de New York de 1977 à 2001.

Jamais un tel propos n'aura aussi bien caractérisé une désagréable tendance qui persiste dans les débats publics portant sur des enjeux socio-économiques qui préoccupent de nombreux segments de la société québécoise, qu'il s'agisse de la question des gaz de schiste, de l'exploration de nos ressources minérales ou la charte de la laïcité.

Voilà que le festival reprend sur un enjeu opposant l'entreprise Produits forestiers Résolu (PFR) et l'organisme international indépendant et non gouvernemental Forest Stewardship Council (FSC). FSC fut fondé à Toronto en 1993, suivant une idée qui a émergé du Sommet de la Terre de Rio de 1992.

FSC gère un système d'encadrement et de certification de la gestion de la ressource forestière. Ses standards de gouvernance sont aujourd'hui connus et respectés à travers le monde. En 2014, c'était 27 000 certificats attribués, représentant plus de 180 millions d'hectares de forêt, soit plus de la superficie entière de tout le Québec. Ces forêts sont gérées selon des normes de gestion durable prenant en compte les considérations tant économiques que sociales et environnementales des populations vivant à proximité de la ressource et de son exploitation.

Au Canada, ce sont des entreprises telles que Rona, IKEA, Kimberley Clark, Unilever, Procter&Gamble, Air Canada, Bell, Telus, Rogers, toutes nos grandes banques, les Jeux olympiques de Vancouver et même la LNH qui offrent à leurs clients, ou utilisent à leurs fins, des produits dont les sources proviennent de forêts certifiées FSC.

Bien que notre industrie forestière connait des défis d'ampleur manifestés suivant les aléas de nombreux cycles économiques et que celle-ci soit appelée à régulièrement exécuter des initiatives de rationalisation de ses opérations, jamais n'avons-nous entendu au cours des dernières années les PDG de Domtar, Tembec, Kruger, Barrette-Chapais, ou Chantiers Chibougamau, par exemple, jeter le blâme de leurs enjeux sur le fait qu'ils étaient (et sont toujours!) certifiés FSC.

Il est ironique d'entendre que la fermeture possible de la machine no 9 de Résolu à Alma serait une conséquence de la perte d'un certificat FSC, lorsque Résolu a aussi fermé des opérations à Shawinigan, Clermont et Baie-Comeau et que les approvisionnements de ces usines provenaient de forêts qui sont toujours aujourd'hui certifiées FSC. Il est même permis de croire que certains de ces tonnages perdus au Québec furent probablement récupérés par la Pacific West Corp. située à Port-Hawksbury en Nouvelle-Écosse, une usine s'approvisionnant de fibres certifiées FSC et établie dans une province dont le gouvernement est un solide promoteur de cette norme!

Ces faits ont semblé échapper au maire de Saguenay, Jean Tremblay, lorsqu'il a accepté d'entrer dans l'arène pour faire un appel tragi-comique aux travailleurs, les invitant à se mobiliser «contre Greenpeace et les intellectuels».

Que l'on appuie ou pas les méthodes et les propos souvent contestables de Greenpeace, on ne peut nier un fait incontestable dans cette saga: cette organisation militante n'a rien à voir dans la perte des certificats FSC de Résolu.

Le premier ministre Couillard, dans une récente déclaration, a tenté de rétablir ces faits et de calmer le jeu, mais la psychose perdure et la déformation prend racine dans l'esprit public.

S'il y a quelque chose à laquelle toutes les parties prenantes ont droit dans cette controverse, c'est à leur opinion, mais tous méritent également un partage objectif des faits. Le sénateur Moynihan plaiderait pour que l'on cesse de les déformer.

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