Le royaume de la honte

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Une manifestation pour la libération de Raif Badawi à Ottawa, en janvier dernier.

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Ensaf Haidar

Écrivaine et femme du prisonnier saoudien, Raïf Badawi

Un milieu hostile aux humains finit toujours par devenir un enfer. Un million d'ecclésiastiques vivent en Arabie saoudite, État dont les citoyens voient leurs droits bafoués au nom de la religion et seul pays au monde où les femmes sont privées du droit de conduire. Ce pays est aussi régi par une loi islamique qui édicte que toute personne qui y déroge doit être tuée.

Mon mari, Raïf al-Badawi, a été emprisonné pour avoir exprimé son opinion. Le système judiciaire saoudien a considéré que son approbation du libéralisme lui valait 10 ans de prison et 1000 coups de fouet.

Le souverain saoudien, qui se présente comme le parrain du dialogue intrareligieux, a ressuscité les tribunaux islamiques alors qu'il dépense des millions et des millions de dollars pour embellir l'image de l'Arabie saoudite dans la presse étrangère. L'Arabie saoudite envoie des émissaires un peu partout dans le monde pour promouvoir une fausse image d'ouverture et d'indulgence, alors même que les prisons hébergent des douzaines de prisonniers politiques ou d'opinion, parmi lesquels Raïf Badawi.

En Autriche, le gouvernement saoudien a fondé un centre pour promouvoir le dialogue entre les religions et les cultures. Ce centre ne s'est pas prononcé sur l'application de châtiments archaïques issus de la charia, comme la sentence de flagellation prononcée contre Raïf. C'est ce qui a mené le chancelier autrichien Werner Faymann à qualifier ce lieu de «centre du silence» et à demander au gouvernement autrichien de se désengager de l'association. Raïf a une fille de moins de sept ans qui attend tous les jours que son père rentre du travail; son attente dure depuis trois ans.

À l'époque où les États-Unis encouragent la communauté internationale à intensifier la lutte militaire contre le groupe terroriste de l'État islamique, il faut poser des questions au sujet de cette organisation. Vers qui se tourne-t-elle pour obtenir un soutien idéologique? Sur quelle jurisprudence religieuse se base-t-elle? Est-il efficace d'attaquer le groupe militairement si on ne s'intéresse pas à ce qui a mené à sa formation? Et, plus important encore, est-ce que l'EI représente l'islam?

Toutes ces questions sont importantes et pressantes. Selon moi, il est plus urgent de les aborder que de lancer des interventions militaires. À mon avis, l'EI représente bel et bien l'islam d'un point de vue idéologique et politique. Un musulman ordinaire et pacifique, qui rejette les crimes et la barbarie de ce genre d'islam et qui croit que tout le monde possède le droit à la vie, peut assurément affirmer que l'EI ne le représente pas. Mais quand on se sert des enseignements de l'islam pour justifier les actions de l'EI, on ne peut prétendre que le groupe ne représente pas, d'une certaine manière, l'islam.

Un emprisonnement honteux

Le groupe État islamique, qui flagelle et tue au nom de la religion, n'est pas si différent de l'Arabie saoudite, avec qui il partage les mêmes lois religieuses barbares. L'Arabie saoudite utilise aussi la décapitation et la flagellation, qui sont des châtiments reconnus par la charia. Il est scandaleux que des nations qui se disent alliées contre le terrorisme continuent de coopérer avec un royaume qui utilise ces châtiments.

En octobre dernier, Raïf Badawi a remporté le prix One Humanity Award de PEN Canada. Un mois plus tard, il a remporté le prix Netizen décerné par Reporters sans frontières, puis le prix Aikenhead de la Société laïque écossaise. Il vient aussi tout juste de recevoir le Prix du courage au Sommet de Genève pour les droits de la personne ainsi que le Prix de la liberté d'expression de la fondation allemande Deutsche Welle. Il a aussi été mis en nomination pour le prix Nobel de la paix par deux députés norvégiens.

Les prix et les nominations envoient un message clair aux dirigeants saoudiens en affirmant que l'emprisonnement de Badawi est honteux, surtout de la part d'un pays qui déclare jouer un rôle de leader dans la lutte contre le terrorisme et l'État islamique.

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