Pensons à l'avenir et nos enfants

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Mohammed Zaari Jabiri

Médecin résident en psychiatrie

Il y a dans la société québécoise un besoin vital pour un discours du vivre ensemble.

Il faut absolument qu'on se calme les esprits et qu'on réfléchisse de manière sereine et rationnelle sur le climat et le langage social, un langage qui doit nous unir et non nous diviser. On veut tous, en tant que Québécois de différentes croyances, vivre ensemble dans le respect de nos belles valeurs humaines.

En tant que musulman, je ne veux pas être gouverné par l'intégriste ou le xénophobe, je ne veux pas mélanger religion et politique. La foi est une question du domaine privé, personne n'a le droit de me l'imposer ou de me l'enlever. Je veux m'intégrer, mais je ne veux pas m'assimiler. L'assimilation est synonyme de détresse psychologique.

Ce qui m'attire, dans mon Québec à moi, c'est la beauté et la richesse de la diversité, c'est la tolérance qui règne. Or actuellement j'ai l'impression que l'on vit un cauchemar.

On assiste à une surenchère stérile qui ne mène qu'à une scission intercommunautaire. Minimiser la tension sociale n'est pas du tout sage et, en même temps, l'appel au feu par certains n'est pas sain ; les deux nourrissent le radicalisme religieux ou identitaire.

Stigmatisation et perte de repères

On a d'un côté une communauté musulmane qui se sent de plus en plus stigmatisée : il suffit d'un événement à des milliers de kilomètres pour qu'elle soit sujette aux amalgames et aux liens faciles. Une communauté qui ressent de la discrimination et de l'injustice, une discrimination auparavant subtile, mais actuellement médiatisée par les sondages. Ça va des actes de vandalisme aux provocations insultantes (« sale arabe, esti de musulman, rentrez chez vous... »), voire même à l'interdiction du lieu de culte ou du plaidoyer d'une femme voilée. Les émotions sont souvent à l'origine de tels comportements.

Certains jeunes se sentent incompris, en perte de repères sociaux, privés de modèle ou d'autorité parentale et ont une vision d'eux-mêmes assez dévalorisée. Ils recherchent par leur suraffirmation identitaire à se faire valoir à leurs yeux et aux yeux des autres. Ils peuvent choisir la criminalité ou la radicalisation religieuse, voire aller rejoindre une bande d'assassins analphabètes à l'autre bout du monde. Pour eux, c'est une forme de résistance sociale réactionnelle. Ils ont surtout besoin d'être compris, intégrés et d'avoir un soutien psychologique.

D'un autre côté, il y a le discours d'une minorité, basé sur la peur et, très vite entre les deux, on finit par basculer dans un cercle vicieux qui nourrit les perceptions négatives : « regardez, il y en de plus en plus, alors on a le droit de s'inquiéter ».

Aussi, entre les deux, il y a la majorité silencieuse, la masse, qui s'inquiète pour l'avenir. Tous québécois, peu importent leurs souches, ils se posent la même question : dans quel monde vont grandir mes enfants ?

Récemment, on a demandé à la population combien elle pensait qu'il y a avait de musulmans parmi elle. La réponse parle d'elle-même : la plupart ont répondu 20 %, alors qu'en réalité, les musulmans ne représentent que 2 à 3 % de la population du Québec. De ce chiffre, 15 % seulement se disent pratiquants, disent prier et jeûner, des choses du domaine privé.

Notre Québec vaut mieux que tout ça ; on doit le protéger à tout prix, car le vivre ensemble, on le fait chaque jour. Comme pour la respiration, on la fait chaque instant sans s'en rendre compte.

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