Bon diagnostic, mauvais remède

En 2014, 22 552 médecins étaient inscrits au... (PHOTO THINKSTOCK)

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En 2014, 22 552 médecins étaient inscrits au tableau de l'ordre. De ce nombre, 47,3% sont des médecins de famille et 50,7% pratiquent dans l'une des 53 spécialités reconnues au Québec.

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Sébastien Lavoie

Médecin de famille, GMF Blainville-La Source

L'auteur adresse sa lettre au ministre de la Santé, Gaétan Barrette.



Il est absolument vrai que l'accès à un médecin de famille et aux soins de première ligne demeure difficile pour des milliers de Québécois. Il faut s'attaquer dès maintenant à cette problématique. Par contre, le projet de loi 20 ne contient pas les bons moyens pour y parvenir.

En fait, plutôt que de favoriser l'accessibilité aux soins de santé pour la population, ce projet de loi va plutôt l'empirer à plusieurs égards.

Depuis que j'ai obtenu l'autorisation de faire mes 12 heures d'activités médicales particulières en cabinet pour le suivi de patients vulnérables, j'y travaille comme médecin de famille cinq jours par semaine, à raison de 50 heures par semaine. J'ai une clientèle de 1700 patients, dont 600 sont vulnérables.

Des solutions en danger

Il y a trois ans, j'ai modifié ma pratique pour être plus disponible pour mes patients. J'ai engagé à mes frais une infirmière auxiliaire qui voit systématiquement chacun de mes patients pour prendre les signes vitaux, les vacciner, etc. Cela m'a permis d'avoir plus de rendez-vous disponibles dans une journée. J'ai ajouté à mon horaire des rendez-vous d'accès rapide pour mes patients tous les jours de la semaine. Ainsi, lorsque mes patients sont malades, ils appellent le matin et je les vois le jour même.

À travers les années, j'ai trouvé des solutions pour être efficace et disponible pour mes patients tout en pratiquant une médecine de qualité et en étant à l'écoute de mes patients et de leurs besoins.

Par contre, avec le projet de loi 20, en ayant 10 ans de pratique, je serai dans l'obligation de travailler à l'hôpital environ deux jours par semaine en plus de suivre 1000 patients. Je serai ainsi deux jours de moins à la clinique, ce qui va diminuer mon accessibilité. D'un autre côté, ce projet de loi va obliger un urgentologue à suivre entre 250 et 1000 patients.

Comment pensez-vous que l'urgentologue pourra être accessible pour ses patients s'il ne fait qu'une ou deux journées de bureau par semaine? Pour répondre aux besoins de nos patients en cabinet, il faut être disponible le plus de journées possibles dans une semaine. Donc, il faut plus de médecins de famille à temps plein au bureau pour suivre des patients au lieu d'imposer à tous les omnipraticiens de faire du suivi de clientèle et aussi des activités hospitalières.

Enfin, le projet de loi exige une cible irréaliste avec le taux d'assiduité des patients à son médecin de famille de 80% sous peine d'avoir une coupe de jusqu'à 30% de son revenu. Avec la collaboration interprofessionnelle que l'on veut favoriser de plus en plus, le médecin de famille ne fera plus toutes les visites médicales de son patient. Il faudra, par exemple, penser à inclure les visites de nos patients auprès de nos infirmières GMF dans le taux d'assiduité. Celles-ci nous aident grandement à améliorer la santé de nos patients et font partie de la solution pour améliorer l'accès en première ligne.

En résumé, ce projet de loi amènera une baisse d'accessibilité pour l'ensemble des Québécois. Il y a déjà plusieurs médecins de famille qui ont une grande disponibilité pour leurs patients, et ces modèles doivent inspirer l'ensemble de la profession.

Je vous invite, Dr Barrette, à une réelle collaboration avec les médecins et tous les intervenants de la santé pour préserver et améliorer notre système de santé publique.




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