La guerre aux théocrates

«La lutte actuelle ne concerne pas plus l'islam... (Photo Agence France-Presse/HO/WELAYAT TARABLOS)

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«La lutte actuelle ne concerne pas plus l'islam qu'elle ne concerne le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme ou toute autre religion. C'est une guerre contre ceux qui s'approprient la religion pour arriver à leurs fins et qui, ce faisant, souillent le nom de grandes croyances et traditions perçues par plusieurs d'entre nous comme étant divines», avance l'auteur.

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Salman bin Hamad Al-Khalifa

Prince héritier du Royaume de Bahreïn

La «guerre contre le terrorisme» dure depuis presque 15 ans et nous n'avons que très peu avancé dans notre compréhension d'un ennemi commun et notre lutte contre cet adversaire, qui se caractérise principalement par ses tactiques de terreur et la subversion sous-jacente de l'islam. Mais le terrorisme n'est qu'un des outils dont se servent ces idéologues à l'esprit tordu, responsables de toutes sortes d'atrocités.

Nous ne sommes pas tant en guerre contre des terroristes que contre des théocrates. J'utilise le terme «théocrate» parce que la lutte actuelle ne concerne pas plus l'islam qu'elle ne concerne le christianisme, le judaïsme, le bouddhisme ou toute autre religion. C'est une guerre contre ceux qui s'approprient la religion pour arriver à leurs fins et qui, ce faisant, souillent le nom de grandes croyances et traditions perçues par plusieurs d'entre nous comme étant divines.

En abordant cette guerre comme une guerre contre des théocrates, il nous sera possible de mettre en place des mesures militaires, politiques, économiques - et peut-être même sociales - pour contrer cette menace ensemble, comme cela a été fait par le passé. Le siècle dernier a connu son lot de graves menaces avec le fascisme, le totalitarisme et le communisme de la Guerre froide. Elles étaient perçues comme des concepts bien établis et définis. Et elles ont été abordées de manière clinique, comme des idéologies.

Comment faut-il nommer cette nouvelle idéologie? Il faut d'abord s'entendre sur une terminologie pour la définir et en identifier les caractéristiques si nous voulons atteindre la racine du problème.

Prenons un des groupes en question. Pour ce seul groupe, nous devons choisir entre plusieurs appellations: organisation de l'État islamique, EI et Daech, ou encore ISIS et ISIL en anglais. Nous voyons naître des groupes dans la lignée d'Al-Qaïda ainsi que divers groupuscules. Il ne faut pas oublier Al-Shabbaab et Boko Haram, et tous les groupes qui vont se former au cours des prochaines années. Dans tous ces cas, nous continuons cependant de sauter à l'aveuglette et de façon désordonnée d'une menace à l'autre, sans comprendre ni définir notre adversaire.

Une idéologie à combattre

Qu'est-ce qui caractérise ces groupes? Nous savons qu'ils cherchent à nous diriger, tant ici sur Terre que dans l'au-delà. Qu'ils s'isolent et ne respectent pas les contrats sociaux établis dans le cadre de nos sociétés. Qu'ils oppriment les femmes et massacrent ceux qui n'adhèrent pas à leur idéologie tordue. Qu'ils gouvernent par décrets religieux, limitant le recours à la raison aux gens qui souhaitent joindre leurs rangs. Que leur méthodologie allie les tactiques de l'idéologie religieuse aux règles paramilitaires qui se situent en dehors des lois. Que ces groupes dépendent des gains que leur rapportent des entreprises criminelles pour établir des gouvernements bidon qui luttent désespérément pour accroître leur territoire.

Ces groupes propagent leur message idéologique par une multitude de moyens, anciens et nouveaux, des déclamations de prêcheurs autoproclamés à la diversité de canaux qu'offre l'ère numérique.

Au Moyen-Orient, des chaînes par satellite diffusent presque en continu, et avec beaucoup plus d'impact qu'internet, un message de fiel et d'intolérance qui s'adresse aux gens ignorants et crédules.

En réalité, nous avons devant nous un ennemi d'un monde nouveau qui a recours à des pratiques du XVIIe siècle tout en utilisant une stratégie du XXIe siècle. Nous ne pouvons répondre à cette menace en n'utilisant que des solutions de l'Ancien Monde. Il nous faut privilégier un mode d'intervention qui allie la modernité avec la tradition.

Les individus et les groupes vont continuer d'apparaître et de disparaître, mais c'est l'idéologie qui doit être combattue et vaincue. Entretemps, nous devrions laisser tomber le terme «guerre au terrorisme» et nommer la réalité de la menace, qui est la montée de théocraties fascistes et malveillantes.

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