Se parler, mais à quel prix?

Les groupes islamistes menant des opérations terroristes dans... (Photo archives Associated Press)

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Les groupes islamistes menant des opérations terroristes dans plusieurs pays d'Afrique, comme ceux-ci au Mali, et du Moyen-Orient ne veulent pas de dialogue avec l'Occident, avance l'auteur.

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Quentin Gobert

Médecin, Estrie

L'auteur réagit au texte «On est sept milliards, faut se parler», publié vendredi dernier.

Dans son texte du 13 février intitulé «On est sept milliards, faut se parler», M. François Larochelle s'interroge sur la solution à apporter au conflit avec le groupe État islamique et, plus largement, avec les islamistes. La solution proposée est dans le titre: il faut se parler. Mais, en tant qu'ancien diplomate, l'auteur peut-il ignorer que les islamistes ne souhaitent pas dialoguer avec les gouvernants occidentaux, considérés comme impies?

Les intégristes qui combattent pour l'expansion de Daech n'ont que faire de la communication que nous voudrions établir. Leurs vidéos sanglantes, ainsi que leurs appels aux meurtres, en témoignent.

M. Larochelle souhaiterait que nous laissions «d'autres sociétés se développer à leur rythme». Doit-on, dès lors, laisser les minorités religieuses se faire massacrer en Syrie, Irak ou au Nigeria? Est-ce vraiment «de l'arrogance de penser que nos valeurs [sont] nécessairement supérieures» lorsque l'on s'émeut que des lycéennes puissent être enlevées et vendues comme esclaves sexuelles par le groupe islamiste Boko Haram?

Comme l'écrit l'auteur, les musulmans ne forment pas «un bloc monolithique», c'est bien la raison pour laquelle vouloir établir le délit de blasphème pour des caricatures ou considérer que le Hamas est un partenaire démocratique ferait finalement le malheur des musulmans «modérés» qui souhaitent présenter et voir prospérer un autre islam. Pactiser avec les intégristes pour négocier une paix civile au nom de la realpolitik, en fermant les yeux sur les réelles motivations de ces groupes armés, ne ferait que reproduire l'inconduite du premier ministre du Royaume-Uni, Neville Chamberlain, au retour de Munich en 1938, et ajouterait à la guerre le déshonneur.

L'intégration des migrants n'est pas seule en cause dans le terrorisme qui menace l'Europe comme le Canada. Rappelons encore que les terroristes ayant semé la mort en France en janvier étaient français, nés en France, et non marginaux.

Non, l'Europe ne revit pas «la peur du Turc», elle essaie seulement de s'adapter à une population minoritaire, mais croissante, de ressortissants musulmans, parfois fraîchement convertis, qui ne partagent pas la volonté de vivre dans une société qui, à leurs yeux, ne représente qu'un monde décadent, peuplé d'hérétiques et mue par le seul matérialisme. De l'aveu même du premier ministre français, Manuel Valls, dans son discours du 13 janvier 2015, la France a trop longtemps fermé les yeux devant l'émergence d'un radicalisme religieux antisémite dans les banlieues françaises et doit maintenant repenser son modèle de société.

À l'instar des autres démocraties occidentales dont l'espace public a été vidé de références religieuses, le Québec ne pourra faire l'économie d'une réflexion sur les valeurs dont nous souhaitons bénéficier collectivement (la tolérance, la liberté d'expression et de religion, l'égalité de droits entre hommes et femmes, entre autres) et sur les moyens que nous voulons investir dans la transmission de celles-ci aux nouvelles générations et nouveaux arrivants. M. Larochelle insiste sur «l'éducation [qui] est essentielle». Encore faudra-t-il en définir les objectifs et le contenu.

Il est évident que le dialogue avec les musulmans doit être favorisé, mais il doit être voulu et maintenu par les deux parties et non se résumer à une somme de compromissions à visée politique. Le gouvernement doit pouvoir sanctionner les discours ou les comportements contrevenants aux valeurs du Québec ainsi définies, sans être taxé d'islamophobie.

Le Québec peut s'enrichir d'autres cultures, quelle que soit la religion de leurs représentants, mais cette démarche ne doit pas remettre en cause les fondements démocratiques et l'histoire du pays de résidence, ce que la grande majorité des migrants ne contesterait pas. Balayer ces principes au nom de l'altérité serait oublier que les droits s'accompagnent de devoirs et remettrait en cause le contrat social qui nous lie tous.

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