Place à la véritable intelligence!

L'auteur déplore la panification urbaine et les décisions... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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L'auteur déplore la panification urbaine et les décisions qui ont été prises à Montréal et dans ses environs, des erreurs qui nuisent et nuiront longtemps au potentiel international de la métropole.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

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Pierre Campeau

Architecte, l'auteur a été conseiller de deux présidents de la CUM

Une ville intelligente suppose des décisions et des décideurs intelligents. Avant de numériser des informations à grand prix, Montréal a besoin de décisions intelligentes qui sont prises au bon moment et à la bonne place. Montréal a contribué à sa propre déchéance par une série de projets anachroniques et mal localisés.

On vient de détruire l'aéroport de Mirabel alors que, quelques semaines plus tard, la Caisse de dépôt et placement du Québec annonce des investissements dans les liaisons rapides sur rail! Une localisation controversée au départ aurait pu être rentabilisée si la contribution de la Caisse, qui investit partout ailleurs dans le monde, avait été réalisée au bon moment. Logiquement, l'aéroport devait être sur la Rive-Sud, près des grandes villes américaines. Mais le gouvernement Trudeau voulait cet aéroport plus près d'Ottawa. Résultat: Mirabel a périclité, les compagnies aériennes ont boudé Montréal au profit de Toronto et Mirabel n'est plus. L'aéroport Pierre-Elliot-Trudeau suffoque, enclavé dans des zones habitées, toujours sans liaison rapide avec le centre-ville.

Le Stade olympique est en perdition. Son emplacement logique et naturel aurait été en périphérie du centre-ville, comme c'est le cas dans les villes nord-américaines. Lors de la décision de construire ce stade, j'avais proposé au vice-président du Conseil du trésor d'alors d'en construire deux pour le prix d'un: un fermé dans l'est et un ouvert au centre-ville, ou l'inverse. Encore une fois, le temps et la précipitation nous ont conduits à un magnifique stade qui n'a jamais joué son rôle de lieu d'excellence sportive et qu'on songe à démolir.

Montréal possédait sur son territoire deux parcours de golf de 18 trous, en périphérie du centre-ville, avantage rare, sinon unique, en Amérique du Nord. À l'occasion de l'Exposition universelle, il fut décidé de fermer ces parcours et d'en faire un lieu de promenade. Ce parcours de golf pourrait accueillir aujourd'hui les plus grands tournois du monde, dont ceux de la PGA, avec toutes les retombées économiques et la reconnaissance dans le monde. Comble de l'absurde, c'est que la Ville construit en ce moment un magnifique «club house» pour un parcours de 9 trous à normale 3!

Les compétitions internationales de tennis ont lieu au parc Jarry. Sans nier la qualité des installations, le Stade olympique inoccupé aurait pu accueillir ces événements dans un cadre unique pour stimuler l'excellence dans les sports. Encore une fois, les délais dans le temps, l'indécision au bon moment quant à l'avenir du Stade, ont privé Montréal et les promoteurs d'une localisation unique qui aurait pu accentuer la promotion de l'excellence dans les sports.

La Ville de Montréal met de l'avant le projet de rues piétonnières. Il y avait une magnifique pommeraie à l'usage des piétons au centre-ville sur l'emplacement actuel de la Place des spectacles. Cet actif unique fut rasé avant d'y installer un lieu bétonné et inoccupé la plupart du temps. Un peu plus loin, la magnifique pommeraie conçue par Melvin Charney en face de la Maison de l'architecture est ignorée et enclavée par des voies rapides de circulation. On propose de démolir des autoroutes là où il n'y a rien et on bétonne des milieux naturels après coup.

C'est par l'inversion des décisions anachroniques et mal localisées que Montréal retrouvera son souffle et sa place dans le monde. C'est tout le processus décisionnel qu'il faut inverser afin de casser la boucle négative de l'inertie qui s'est installée entre d'innombrables paliers décisionnels qui n'arrivent pas à synchroniser et à localiser les infrastructures.

Montréal n'a vraiment pas de chance. Alors que New York s'est offert les maires Giuliani et Bloomberg, après Jean Drapeau, Montréal s'est payé successivement trois maires absents qui, comme le singe de la légende - aveugle, sourd et muet -, ne voyaient pas, n'entendaient pas et ne disaient rien à la population. Vivement le chaînon manquant, et place à l'intelligence!

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