La liberté avant la religion

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Benoit Léger

Camionneur, Saint-Hubert

Notre premier ministre Philippe Couillard a déclaré récemment, dans la foulée des événements à Charlie Hebdo, qu'il fallait éviter les amalgames entre terrorisme, radicalisme et intégrisme, ce dernier relevant avant tout d'un choix personnel.

Avouons d'abord qu'il est troublant, mais intéressant, d'entendre un chef d'État se préoccuper ainsi de sémantique plutôt que des inquiétudes de ses commettants devant la vague d'attentats commis au nom d'Allah.

Mais puisque l'on parle de sémantique, pourquoi ne pas poursuivre dans cette veine? Choix personnel, disait-il?

Vers la fin de l'adolescence, j'ai fait un choix personnel: celui du rationalisme et de l'athéisme. J'ai adhéré à bon nombre d'idées émanant de l'existentialisme de Sartre et de Camus. J'ai fait ce choix, tout en continuant de réfléchir, le remettant en question régulièrement, au gré des connaissances et expériences nouvelles. Mais jusqu'à présent, je réserve mon culte à des réalités dont j'ai pu vérifier l'existence comme l'amour, l'art, la nature.

Pourtant, je suis né au début des années 60, au milieu d'une nation toute catholique. J'ai subi toutes les étapes des rites et enseignements de l'Église. Mais j'ai aussi eu deux grandes chances: d'abord celle d'avoir des parents qui, bien que croyants, valorisaient avant tout la connaissance. J'ai également grandi au sein d'une nation, canadienne-française, où une éducation laïque de qualité était accessible à tous. Ce sont ces deux conditions qui m'ont permis de faire des choix éclairés et personnels dans ma vie.

J'ai dit personnels, mais aussi éclairés, car, selon moi, l'un ne va pas sans l'autre. M. Couillard peut-il affirmer sérieusement que les enfants nés dans des familles et chez des peuples où la prière tient lieu de pensée et où l'éducation non religieuse est considérée comme une hérésie, sont vraiment en mesure de faire des choix personnels?

Dans l'expression «liberté de religion», la liberté précède la religion. N'importe quel débat sémantique sur le mot liberté devra rapidement y adjoindre le mot connaissance. La liberté qui n'est pas éclairée n'est que de l'esclavage qui a peur de son nom. Esclave des idées d'autrui, voilà à quoi nous expose le manque d'éducation.

Alors, plutôt que d'entendre mon premier ministre élever l'intégrisme au rang de choix personnel, j'aimerais le voir se porter à la défense de notre système d'éducation; le rendre entièrement gratuit et entièrement laïque, tout en nommant à sa tête quelqu'un qui en soit digne. Peut-être, alors, pourrons-nous espérer voir un jour chaque citoyen, croyant ou non, faire de vrais choix personnels.

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