Parfois, le mieux est l'ennemi du bien

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Ce qui est plus particulièrement déconcertant est que malgré la diminution des exigences pour l'obtention du DES, les taux d'obtention du diplôme n'ont pas augmenté.

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Jacques Tremblay

Enseignant retraité, Sainte-Luce

Je suis triste pour les générations d'élèves plus faibles que nous et notre réforme idéologique avons laissé tomber.

Nous avions pourtant dans mon école un système d'enseignement individualisé avec enseignement modulaire qui permettait de récupérer plusieurs élèves en difficulté, mais l'idéologie même de la réforme entrait directement en conflit avec ce système d'enseignement individualisé.

Ces élèves en difficulté n'ont pas pour autant disparu de notre école; ils sont simplement restés dans le système régulier, où la majorité d'entre eux ont perdu leur temps et accumulé les échecs jusqu'à ce qu'ils puissent «sauter» à l'enseignement aux adultes.

Je crois que, comme société, nous allons payer très longtemps le fait que l'effort ne soit plus réellement valorisé pendant la formation de nos élèves. Voici le message que notre réforme idéologique a envoyé aux élèves tout le long de leurs études: ce n'est pas grave si tu ne passes pas certains cours de base, la réforme va te faire gravir quand même les échelons. Ce qui est plus particulièrement déconcertant, c'est que malgré la diminution des exigences pour l'obtention du DES, les taux d'obtention du diplôme n'ont pas augmenté.

Ces élèves en difficulté pédagogique ont apporté avec eux et malgré eux beaucoup d'hétérogénéité dans les groupes. Cette hétérogénéité souhaitée par la réforme n'a fait qu'augmenter avec les années, rendant de plus en plus pénible la tâche pédagogique des enseignants.

À cela s'est ajoutée une nouvelle façon d'évaluer les élèves. Pendant plusieurs années, nos épreuves d'évaluation devaient cibler les compétences des élèves, jusqu'au jour où les connaissances sont redevenues à la mode sans abandonner le chantier des compétences. Avec la réforme, si un élève se plante sur une question, ça devient mon problème.

En effet, je me dois de vérifier, même si son raisonnement de départ est complètement erroné, si l'élève démontre quelques compétences et habiletés dans son évaluation, car avoir zéro avec l'approche par compétences est pratiquement impossible. Souvent, je me disais que je mettais plus de travail et d'énergie sur une copie d'examen que l'élève lui-même l'avait fait!

Ainsi, le temps alloué pour la correction d'examen d'un groupe de 32 élèves a facilement doublé, passant de deux à quatre heures. Avec quatre groupes, à deux heures par groupe, ça fait huit heures de correction, ce qui peut se faire dans une fin de semaine. Je peux ainsi faire un retour rapide dès le lundi avec mes élèves et les maintenir en projet de réussite.

Un suivi moins serré

Avec quatre groupes, à quatre heures par groupe, j'arrive à 16 heures de correction; une tâche impossible à accomplir en une seule fin de semaine, d'où l'impossibilité d'assurer le même suivi serré avec mes élèves. On entend dire parfois que le mieux est l'ennemi du bien. C'est exactement ce que provoque la réforme.

Pourquoi corriger les fins de semaine? Ça prend de la concentration, et faire un groupe en entier m'assurait d'une certaine équité avec tous les élèves, ce qui facilitait le retour sur l'examen en classe. C'est donc dire qu'avec la réforme, il m'était impossible de maintenir un examen toutes les deux ou trois semaines comme je le faisais avant.

Finalement, la réforme a amené un suivi moins serré auprès de mes élèves en difficulté. Qui gagne avec la réforme? Certainement pas l'élève en difficulté et certainement pas les profs qui croulent sous la tâche. Vous savez, il faut vraiment être en forme pour maintenir l'attention de 32 adolescents de plus en plus pédagogiquement disparates pendant 75 minutes, et ce, jusqu'à quatre fois par jour, dépendamment de nos horaires.

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