Une visite à la mosquée

L'islam, pratiqué par plus de 1,6 milliard de... (Photo PATRICK HERTZOG, archives Agence France-Presse)

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L'islam, pratiqué par plus de 1,6 milliard de fidèles, est la deuxième religion au monde, après le christianisme.

Photo PATRICK HERTZOG, archives Agence France-Presse

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Sylvain Tourangeau

Conseiller en formation dans le milieu de l'aéronautique, Delson

Je me suis présenté récemment, un samedi, à la mosquée EL-Fath de Saint-Hubert. Les récents événements sanglants survenus en Europe m'ont incité à faire cette petite visite-surprise.

Plutôt que de tomber dans le fatalisme et les préjugés, j'ai choisi de faire ma propre expérience et d'aller directement à leur rencontre.

Lorsque je suis entré dans la mosquée, j'étais seul dans le hall d'entrée, des manteaux étaient accrochés aux murs. J'ai donc fait de même et, n'osant pas pénétrer dans ce qui me semblait être la salle principale, j'ai attendu que quelqu'un arrive. Un homme dans la trentaine s'est présenté, m'a regardé d'un air paisible, puis nous nous sommes salués et il est ressorti.

Je me suis dit, ça y est, il s'en va dire à ses chums dehors qu'il y a un étranger dans la mosquée! Eh bien non! Il allait tout simplement ouvrir la porte à un homme qui arrivait avec un jeune enfant...

Il m'a gentiment invité à entrer dans la salle de prière, au moment où celle-ci allait commencer. Un homme m'a offert sa place dans la première rangée, j'ai poliment refusé (j'aurai ainsi l'air moins fou, ne sachant pas quel mouvement faire durant la prière et, pour une fois, je n'aurai pas à faire semblant de connaître les paroles!) En entrant dans la salle, je m'attendais à voir 100 paires d'yeux se tourner vers moi, comme si un éléphant arrivait dans la pièce. Eh bien non! Rien, aucun regard suspicieux.

Un flot de questions

Après la prière, trois hommes sont venus gentiment vers moi (les femmes prient au sous-sol: je sais ce que vous allez dire ...), puis le plus âgé m'a invité à aller m'asseoir et nous avons discuté pendant près d'une heure trente.

Ce fut très intéressant. Il m'a parlé du Coran, de l'islam, de Mahomet... Je lui est posé mille questions: est-ce vrai que les femmes doivent marcher derrière l'homme? Est-il obligatoire pour les femmes de porter le voile? Pourquoi les femmes sont à part pour la prière? Pourquoi vous ne mangez pas de porc? Pourquoi égorgez-vous, chaque année, un mouton? Pourquoi est-ce une offense de dessiner Mahomet? Les journalistes de Charlie méritaient-ils d'être tués? Quels sont les grands principes de l'islam? Y a-t-il plusieurs dieux? Voici quelques réponses.

Non, les femmes n'ont pas à marcher derrière l'homme et oui, en vertu de l'islam, la femme devrait porter le voile, mais elle a la liberté de choisir (encore faut-il que l'endroit où vit cette femme ne soit pas soumis à un régime de terreur).

Les femmes ne font pas les prières avec les hommes parce que, lorsque nous nous agenouillons, nous aurions les fesses de madame dans le visage. Dès lors, notre esprit tordu pourrait être davantage attiré par l'attirail de madame que par Allah.

Les musulmans égorgent un mouton en rappel du sacrifice demandé par Dieu à Abraham. Dessiner Mahomet est une offense, car rien ne peut atteindre sa pureté et par la force des choses, le dessin ne peut être qu'une pâle représentation de ce dernier. Non, les journalistes ne méritaient pas d'être tués. L'islam interdit le meurtre.

Sur ce, il m'a demandé si j'oserais faire des blagues sur Jésus. Bien sûr, ai-je répondu (ma réponse lui a déplu, je crois). Sur ta mère alors, a-t-il rétorqué, croyant me mater. Bien sûr, et souvent en plus! (ma mère est un excellent public). Je lui ai expliqué que pour nous, en Occident, l'humour n'est pas nécessairement un manque de respect, il peut même être une marque d'amour.

Il est revenu à la charge en me demandant si j'aurais fait une blague sur Jésus, il y a, disons, 100 ans. J'ai dû admettre que non. Il y a 100 ans, au Québec, on ne blaguait pas avec le petit Jésus. Cela m'a fait réaliser deux choses: nous n'avons pas la même définition du mot respect et nous ne vivons tout simplement pas à la même époque. Peut-être qu'eux aussi feront des blagues sur leur prophète dans 1000 ans?

D'ici là, il me semble difficile de conjuguer la liberté d'expression qui nous est si chère et de respecter simultanément les dictats de leur religion, dont, entre autres, de ne pas dessiner Mahomet.

L'amitié peut-elle nous montrer la voie? Si je sais pertinemment qu'un de mes amis déteste que je fasse des blagues sur son embonpoint, je vais cesser d'en faire afin de ne pas le blesser et le respecter. Peut-être devrions-nous faire de même avec Mahomet? Peut-être, dis-je bien.

Ah oui, j'ai eu droit à un Coran! Je vais y jeter un oeil, moi qui n'ai jamais lu la Bible.

De plus, je me promets de refaire l'exercice, mais, cette fois, dans une église juive orthodoxe. Je vous tiendrai au courant

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