Réplique : un chat est un chat

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Les modifications prévues au régime de retraite des employés du gouvernement (RREGOP) s'appliqueront également au personnel politique.

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Jacques Létourneau

Président de la Confédération des syndicats nationaux

L'auteur réplique à l'éditorial d'André Pratte «Ceci n'est pas de l'austérité», publié samedi. La réponse d'André Pratte suit à la fin du texte.

M. Pratte, je ne sais si en répétant jusqu'à plus soif que le train de mesures engagées ou envisagées par le gouvernement Couillard ne relève pas de l'austérité, vous comptez jeter un brouillard idéologique sur les choix de ce gouvernement, mais vous ne réussirez pas à en modifier la nature.

C'est sept milliards de dollars de compressions qui s'abattent présentement sur les programmes sociaux et les services publics québécois. Ce n'est pas nous qui le disons, mais bien le ministre Leitao, dans sa mise à jour économique publiée en décembre. Durant l'automne, votre journal a, souvent en exclusivité, rendu publiques ces nouvelles compressions.

Fin de l'aide aux devoirs et de l'aide alimentaire à l'école; restructuration dans la santé; transferts de 300 millions de compressions aux municipalités par un nouveau pacte fiscal; disparition des CLD (centres locaux de développement) et changement de mission pour les CJE (carrefours jeunesse-emploi); augmentation des frais de garde et instauration d'une nouvelle tarification qui favorisera le développement des services de garde privés; fusions des commissions scolaires; coupes à l'aide sociale; diminution des budgets de fonctionnement des établissements; gel de l'embauche dans la fonction publique entraînant surcharge de travail ou diminution de la qualité des services... sans compter la gifle que le gouvernement Couillard vient d'asséner à celles et à ceux qui dispensent des services publics, majoritairement des femmes, en leur proposant pour seule marque de respect et de reconnaissance un appauvrissement.

Vous parlez d'augmentation des dépenses de programme, mais le choix de vos chiffres est éloquent. D'abord, rappelons que le dernier budget québécois impose à tous les ministères et organismes des gels, des réductions ou des hausses des dépenses inférieures à l'inflation, ce qui équivaut à une réduction générale. Et pourquoi ne pas avoir écrit au passage que pendant que le gouvernement effectuait avec tant d'empressement des compressions d'une ampleur jamais vue au nom du déficit zéro, qu'il engrangerait du même souffle 2,8 milliards entre 2014 et 2016? Pourquoi, alors que souvent, vous prenez exemple sur l'Ontario, restez-vous muet sur ses choix de ne pas atteindre l'équilibre budgétaire avant 2017-2018?

Aussi, pourquoi passer sous silence le fait que ce sont les dépenses d'infrastructures qui sont la principale cause de la croissance de la dette brute et qu'à ces dépenses correspondent des actifs? Pourquoi ne pas avoir dit que depuis le début des années 2000, la part des dépenses de programmes dans l'économie n'a que peu augmenté, haussant de 0,8% depuis 2000-2001?

Si vous l'aviez dit, vous auriez démontré que le problème fondamental se trouve davantage dans la colonne des revenus que dans celles des dépenses. Car si le but véritable de l'exercice austère du gouvernement Couillard n'était pas de démanteler l'État social, en construction depuis 50 ans, il envisagerait d'atteindre l'équilibre budgétaire en accroissant les revenus.

L'objectif d'atteindre le déficit zéro ne doit pas nous aveugler au point de faire place à un déficit social. Le gouvernement a d'autres choix. Une politique de développement économique durable, la création d'emplois de qualité et une révision de la fiscalité qui assure plus de justice sociale et un financement adéquat des services publics, voilà des avenues bien plus porteuses d'avenir que celle de l'austérité. Et si une leçon doit être tirée des expériences européennes, c'est sûrement celle-là.

Un chat est un chat. Il faut cesser les équivoques. Nous assistons bien à un «démantèlement du modèle québécois» et vous avez le droit de donner votre appui à ce projet. Mais dans une société comme la nôtre où la qualité du débat public exige rigueur et honnêteté, vous avez aussi la responsabilité de le faire en toute transparence. Si vous souhaitez voir les organisations syndicales applaudir, vous devriez réclamer avec nous un réel débat sur les programmes sociaux, les services publics et la façon de les financer.

Réponse d'André Pratte : où ça, un « démantèlement » ?

Dans son commentaire sur mes deux éditoriaux de la fin de semaine dernière, le président de la CSN, Jacques Létourneau, dresse une liste des «compressions qui s'abattent présentement sur les programmes sociaux et sur les services publics québécois». Il me reproche d'en minimiser l'importance.

Pourtant, samedi comme dans des éditoriaux précédents, j'ai souligné que contrairement aux prétentions des libéraux, le retour au déficit zéro ne se fera pas sans douleur. Je suis tout à fait conscient que les Québécois, notamment les employés du secteur public, ressentiront les effets de ces compressions.

Selon M. Létourneau, «le dernier budget québécois impose à tous les ministères et à tous les organismes des gels, des réductions ou des hausses de dépenses inférieures à l'inflation». Cette affirmation est inexacte. Le Budget des dépenses 2014-2015 réduit les dépenses de plusieurs ministères, mais augmente celles d'autres ministères, notamment le plus gros de tous, le ministère de la Santé et des Services sociaux (+930 millions). Globalement, les dépenses de programmes augmentent cette année de 1,8%, à peine moins que la hausse de l'indice des prix à la consommation (2%).

Il est vrai que les compressions seront plus importantes l'an prochain, comme je l'explique dans mon texte de samedi. Cependant, on ne peut pas faire fi de l'évolution des dépenses gouvernementales au cours des 10 dernières années. Comme je l'ai montré, durant cette période, les dépenses de l'État ont augmenté 2,3 fois plus vite que l'inflation. Ainsi, de 2010-2011 à 2016-2017, malgré les deux années de compressions que dénoncent les syndicats, les dépenses consolidées de la province auront augmenté en moyenne de 3% par année, davantage que le taux d'inflation.

Le président de la CSN déplore le gel de l'embauche dans le secteur public, «qui entraînera des surcharges de travail, voire une diminution de la qualité des services.» Encore là, M. Létourneau ferme les yeux sur ce qui a précédé ce gel. De 2002-2003 à 2012-2013, le nombre d'employés de la fonction publique et des réseaux de l'éducation et de la santé est passé de 380 000 à 428 000 (+12,6%). Dans deux ans, en vertu des mesures annoncées, ce nombre aura diminué de 1150 personnes. Par conséquent, en 2016, le secteur public québécois comptera encore 46 000 employés de plus qu'en 2003-2003. Comment le mouvement syndical peut-il prétendre qu'un secteur public comptant des dizaines de milliers d'employés de plus aura été «démantelé» ?

Enfin, le président de la CSN me reproche de taire le fait que l'Ontario se donne deux ans de plus que le Québec pour revenir au déficit zéro. Puisque M. Létourneau y tient, parlons de la situation budgétaire de l'Ontario. Bien que l'économie ontarienne ait été frappée plus durement par la crise que la nôtre, la dette du gouvernement provincial demeure beaucoup moins lourde que celle de Québec (38% du PIB contre 50%). Et même si l'Ontario est plus riche, le gouvernement provincial dépense 1900$ de moins par habitant que le Québec.

Que fait Queen's Park pour redresser les finances publiques? Un: la hausse des dépenses de programmes est limitée à 0,8% pendant 4 ans (pendant la même période, en vertu du «démantèlement», les dépenses de Québec augmenteront en moyenne de 1,9%). Deux: l'enveloppe de rémunération du secteur public est gelée pour quatre ans.

Si la CSN estime que le gouvernement du Québec devrait suivre les traces de l'Ontario dans ce domaine, le Conseil du trésor en sera certainement ravi et une entente pourra être conclue rapidement.

- André Pratte, éditorialiste en chef

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