La France sous le choc

Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté... (Photo ERIC FEFERBERG, Agence France-Presse)

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Des dizaines de milliers de personnes ont manifesté leur solidarité avec les victimes de la tuerie commise dans l'immeuble abritant les locaux de l'hebdomadaire satirisque Charlie Hebdo, lors de laquelle plusieurs membres de la rédaction ont été assassinés.

Photo ERIC FEFERBERG, Agence France-Presse

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Michel Wieviorka

Directeur d'études à l'École des hautes études en sciences sociales à Paris

«Je suis Charlie»: ce slogan, repris par les médias, la classe politique, dans les manifestations spontanées ou par des centaines de milliers d'internautes, vient dire l'émotion et la solidarité qu'a suscitée la tuerie froide perpétrée en plein comité de rédaction de l'hebdomadaire satirique - 12 morts et plusieurs blessés.

Les commentaires s'efforcent, pour l'essentiel, de donner un sens à la barbarie, à partir de ce que l'on sait des criminels, des terroristes agissant au nom de l'islam, parlant français, ayant crié «Allahu Akbar» et affirmé avoir vengé le prophète.

Chacun y va, parmi les «experts», de ses hypothèses: s'agit-il de deux «loups solitaires», peut-être trois, ayant agi de la même façon que Mohamed Merah en mars 2012, tuant à Toulouse trois militaires puis, quelques jours après, trois enfants et un enseignant juifs, ou d'«acteurs inscrits dans un réseau structuré» ? De professionnels, venus d'ailleurs, par exemple du Moyen-Orient, comme lors de l'attentat de la synagogue de la rue Copernic, en 1980, ou d'enfants d'immigrés issus des «banlieues», comme l'était Khaled Kelkal, le principal acteur du terrorisme de 1995, qui a fini sous les balles des forces de l'ordre?

L'émotion ne facilite pas l'analyse, et le consensus national qui est mis en avant ne doit pas masquer les différences que l'événement vient subsumer. À chaud, la France tout entière semble unanime.

Mais les uns sont surtout sensibles à ce qui est vécu comme une atteinte intolérable aux valeurs générales du vivre ensemble, incarnées par l'idée républicaine; d'autres plus particulièrement à la mise en cause de la liberté de la presse; d'autres aux dimensions islamiques de la fusillade, preuve à la limite, pour certains, de la nocivité générale de l'islam. D'autres encore ont le sentiment qu'une page d'histoire, de leur histoire, s'achève avec la disparition de l'équipe de Charlie Hebdo, un magazine né à la fin des années 60 et emblématique des tendances libertaires qu'avait contenues le mouvement de mai 68.

D'autres encore mettent en avant la dérive des «banlieues» depuis la fin des années 70 et l'impuissance de tous les pouvoirs publics, qui n'ont pas su lui apporter un traitement politique adéquat. D'autres, enfin, voient dans cette violence inouïe la critique d'une action internationale qui inclut des dimensions militaires, au Proche-Orient ou en Afrique subsaharienne notamment.

Des réactions contrastées

Le plus souvent, Charlie Hebdo suscitait des réactions contrastées, et ses positions antireligieuses et provocatrices étaient détestées dans de larges milieux, et pas seulement à droite: ceci est entièrement gommé par la violence de la fusillade.

Tout est comme fusionné par la chaleur de l'événement et se transformera au fur et à mesure que l'on en saura plus sur les auteurs de la tuerie. C'est peut-être même là l'essentiel. Demain, la fusion laissera la place à des tensions politiques, le consensus s'effacera au profit de mises en cause politiques. Pour l'instant, face au terrorisme, règne l'unité nationale. On découvrira peut-être aussi que sur les réseaux sociaux, des sentiments d'une autre nature, compréhensifs vis-à-vis des «vengeurs» du prophète, trouvent également leur chemin.

La France est pour l'instant sous le choc.

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