La sainte ambiguïté de Noël

Depuis quelques semaines, la façade des maisons s'illumine, L'enfant au... (Photo Thinkstock)

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Jonathan Guilbault

Diplômé en théologie et en philosophie.

Depuis quelques semaines, la façade des maisons s'illumine, L'enfant au tambour sévit sur toutes les chaînes radiophoniques, on ne peut plus mettre un pied devant l'autre dans les magasins: aucun doute possible, la «magie de Noël» a investi nos rues et nos chaumières encore cette année.

Beaucoup y trouvent leur compte. D'autres rappelleront que cette fête religieuse s'est dénaturée, est devenue le moment par excellence où le loup capitaliste opère sous les oripeaux de l'agneau - et scandale: de l'agneau de Dieu!

De fait, Noël s'accompagne aujourd'hui d'un certain rituel consumériste. Plus largement, convenons que son identité est profondément marquée par l'ambiguïté, voire par une schizophrénie entre ses éléments païens ou séculiers d'un côté, et ses éléments chrétiens de l'autre. Les anges dans nos campagnes coudoit Jingle Bells Rock.

Mais cette fréquentation intime du sacré et du profane est-elle contre nature? L'erreur serait de le croire. Par son origine comme par ses symboles et sa signification, la fête de Noël est depuis toujours suspendue entre ciel et terre, entre la sphère religieuse et celle des diverses cultures humaines.

Par son origine, d'abord. Les cultes solaires étaient fréquents dans l'Antiquité, y compris dans l'Empire romain. Puisque l'Église ne pouvait empêcher la célébration des festivités, pratiquement universelles, du solstice d'hiver, elle les a récupérées: Jésus est le vrai soleil vainqueur des ténèbres, la Lumière qui est venue dans le monde pour nous révéler la vraie nature des choses, etc.

Bref, un culte s'appuyant sur un instinct religieux très diffus fut domestiqué par une institution qui s'est ingéniée à en définir les significations orthodoxes. Mais l'ambiguïté a perduré. Même après sa conversion au christianisme, l'empereur Constantin consacre le jour de repos officiel de la semaine romaine au dieu solaire. D'où notre «Sunday».

Symboles ambigus

Les symboles associés à Noël sont eux-mêmes ambigus. Le sapin, par exemple. Bien des cultes de fertilité ont exploité sa forme et ses caractéristiques. Sa forme: un tronc, symbole phallique, masculin, qui s'élève en plein centre d'une ramure en forme de cercle, symbole matriciel, féminin. Et une de ses caractéristiques: il ne perd pas ses aiguilles, l'hiver passe sur lui sans le dépouiller. C'est donc un arbre de vie.

Le christianisme y a vu l'arbre de vie évoqué dans la Genèse, en plus d'un symbole trinitaire, en raison de sa forme conique. On le décore de boules rappelant les fruits de l'arbre de vie, de lumières pour suggérer le Christ, de cannes dont la forme rappelle à la fois la houlette des évêques et le «J» inversé de Jésus, etc.

On pourrait poursuivre longuement, notamment avec la figure du père Noël, véritable fusion d'un saint évêque et de créatures tirées des mythologies nordiques. Mais au-delà des symboles: la signification de Noël est-elle tout aussi tributaire de l'humain et du divin?

Difficile de le nier, car c'est la fête de l'Incarnation, du Dieu fait homme. Le divin descend du ciel où il est vulnérable à la spéculation des esprits hardis pour se manifester dans l'épaisseur humaine. Il ne s'agit plus de quitter le monde par la contemplation, par l'ascèse; ou de se concilier le ciel avec des sacrifices. Car Dieu, tout à coup, se met à déambuler discrètement dans le capharnaüm des cultures humaines.

On peut en tirer des conclusions relativistes. Mais on peut aussi simplement prendre acte qu'il n'y a pas de ligne de partage stricte entre le sacré et le profane, entre le ciel et la terre. En ce sens, l'ambiguïté de Noël a un bon côté, finalement: elle nous empêche de dévaloriser ce qui semble platement humain, car c'est au coeur labyrinthique de celui-ci, et non en-dehors, que se joue pour chacun un jeu de discernement entre ce qui sauve et ce qui égare.

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