Un argument de moins

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Un Oui victorieux en Écosse pourrait convaincre des souverainistes québécois qu'il vaut la peine de remettre l'indépendance à l'ordre du jour. Argument phare du camp du Oui écossais, l'indépendance pour l'émancipation sociale pourrait, cependant, susciter du scepticisme dans le Québec d'aujourd'hui.

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Éric Montpetit

Professeur de science politique à l'Université de Montréal et chercheur au CERIUM

L'achèvement de la social-démocratie exige l'indépendance nationale. Cet argument convainc les Écossais qui aspirent à plus d'égalité sociale. Il a aussi bien servi les souverainistes québécois dans un passé pas si lointain. Mais qu'en serait-il aujourd'hui? On entend peu l'argument et ce n'est sans doute pas un hasard.

La social-démocratie a certes davantage la cote au Québec qu'elle ne l'a dans le reste du Canada, tout comme elle a davantage la cote en Écosse qu'en Angleterre. Mais le parallèle entre le Canada et le Royaume-Uni s'arrête là.

La social-démocratie québécoise s'est largement construite sur un sentiment d'injustice que pouvaient éprouver les francophones, pour qui l'ascension sociale et économique a été longtemps plus difficile que pour les anglophones. Forts de ce sentiment, les politiciens nationalistes des années 1960 ont construit un État provincial qui devait mettre un terme à la discrimination contre les francophones dans toutes les sphères d'activité. Et pour plusieurs, l'indépendance du Québec allait être le prolongement logique de ce mouvement d'émancipation, libérant les francophones de l'emprise d'un système politique dans lequel ils étaient condamnés à être minoritaires.

Sauf que l'emprise d'Ottawa n'a pas empêché l'ascension sociale de nombreux francophones, aujourd'hui bien présents parmi l'élite économique, universitaire et culturelle du Québec, mais également du monde. Et sans surprise, l'indépendance nationale figure rarement parmi les priorités de cette nouvelle élite, pour qui les frontières nationales ont perdu un peu de leur sens.

Surtout, la social-démocratie n'a pas permis l'émancipation de tous. Reste au Québec un nombre important de personnes pour qui l'ascension sociale est un rêve qu'ils doutent de pouvoir réaliser. Et si dans le lot on retrouve une part de francophones, les membres des minorités visibles sont aujourd'hui plus susceptibles qu'eux d'être bloqués au bas de l'échelle. Francophones ou non, les Québécois au bas de l'échelle peuvent plus difficilement qu'autrefois blâmer un système politique fédéral qui avantagerait les anglophones, de nombreux francophones ayant accédé à l'élite au cours des 50 dernières années.

Le désir d'une plus grande égalité sociale demeure important au Québec, toutes classes de citoyens confondues, mais nombreux sont ceux qui ne croient plus que leur État, indépendant ou provincial, puisse en être le moteur. Des années de nouvelles mettant de l'avant le gaspillage de fonds publics, l'attente dans les hôpitaux, le manque de places dans les services de garde, le financement illégal des partis politiques, l'endettement public et la corruption ont miné l'espoir que l'État a jadis inspiré parmi les Québécois.

D'aucuns adopteront alors une attitude fataliste, refusant de croire en quelque force que ce soit pour améliorer le destin des moins fortunés. D'autres, plus optimistes, s'enthousiasment pour les initiatives communautaires. Si le projet d'indépendance s'est un jour nourri du désir d'émancipation des Québécois, il risquerait aujourd'hui de se buter au désabusement de plusieurs d'entre eux face à l'État.

Un Oui victorieux en Écosse pourrait convaincre des souverainistes québécois qu'il vaut la peine de remettre l'indépendance à l'ordre du jour. Argument phare du camp du Oui écossais, l'indépendance pour l'émancipation sociale pourrait, cependant, susciter du scepticisme dans le Québec d'aujourd'hui.

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