L'improbable indépendance

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Les Écossais sont appelés à se prononcer le 18 septembre 2014 sur un référendum sur l'indépendance ou non de leur région.

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Philippe Prévost

Candidat à la maîtrise en science politique, Université d'Ottawa.

Dans presque deux mois, les Écossais se prononceront à savoir si l'Écosse devrait devenir un pays indépendant.

Jusqu'ici, les sondages donnent le camp du Non largement vainqueur. Si cette tendance se maintient, la défaite des indépendantistes s'inscrira dans une tendance lourde en ce qui a trait à la création de nouveaux États, soit que les pays riches ne se fractionnent pas.

Dit simplement, l'Écosse, comme le Québec, est tout simplement une région trop riche pour devenir un pays indépendant. Les risques économiques et sociaux qu'entraîne une séparation sont ainsi jugés par une majorité de la population comme trop élevés par rapport aux gains potentiels que les indépendantistes essayent de vendre.

Depuis la fin des indépendances issues de la chute de l'Union soviétique, seulement trois pays ont accédé à l'indépendance par référendum et été par la suite reconnus par une majorité d'États: le Timor-Oriental (1999), le Monténégro (2006) et le Soudan du Sud (2011).

Leur PIB par habitant au moment du référendum était respectivement de 410$, 4371$ et 2002$, comparativement à 47 369$ pour l'Écosse et 44 428$ pour le Québec aujourd'hui. Ces trois pays étant très pauvres, il est beaucoup plus facile pour les mouvements indépendantistes de vendre les bénéfices d'une séparation et beaucoup plus difficile pour leurs opposants de promouvoir le statu quo.

De plus, ces nouveaux pays se sont créés à la suite de conflits armés, ceux-ci étant souvent enracinés dans des divisions culturelles et religieuses très profondes. Si les Écossais et les Québécois forment bien des nations distinctes, leurs différences culturelles avec le reste de leur pays respectif ne sont nullement comparables aux divisions entre le Soudan, arabe et musulman, et le Soudan du Sud, africain, chrétien et animiste.

Les indépendances des trois pays mentionnés plus haut furent toutes précédées de longues guerres. Dans les pays riches et démocratiques comme le Royaume-Uni et le Canada, des provisions constitutionnelles assurent la protection des minorités, ce qui prévient ainsi l'explosion de conflits armés de telles ampleurs.

Le cas de la Tchécoslovaquie peut paraître différent puisque la séparation fut pacifique. Néanmoins, avec un PIB par habitant à l'époque similaire à celui du Monténégro, la Tchécoslovaquie ne pouvait être considérée comme riche. De plus, l'Union tchécoslovaque fut de courte durée et non démocratique pour l'essentiel. Issu du démantèlement de l'Empire austro-hongrois en 1918, le pays fut annexé à l'Allemagne nazie 20 ans plus tard, puis occupé par l'Union soviétique, qui mit en place un régime autoritaire communiste. En quelque sorte, cette union était aussi artificielle que celles dans l'ensemble du monde soviétique.

L'un des risques non négligeables, advenant une victoire du Oui en Écosse, serait la sortie de facto de l'Union européenne (UE). Afin de réintégrer l'UE, l'Écosse en tant que pays indépendant devra obtenir l'appui de tous les pays membres. Or, on peut imaginer que l'Espagne y apposerait son veto, afin de ne pas encourager ses propres mouvements séparatistes.

Une sortie de l'UE signifierait un retrait du marché commun européen, ce qui forcerait l'Écosse à renégocier individuellement ses traités économiques, sans toutefois être dans la position de force que représente un marché fort de 500 millions d'habitants. C'est ce genre d'acquis économique, largement absent des pays pauvres, qui peut rendre les populations des pays riches plutôt frileuses aux mouvements séparatistes.

Une victoire du Oui en Écosse représenterait à la fois un précédent historique et une expérience politique inconnue et risquée, ce qui pourrait bien expliquer pourquoi le Non pourrait bien l'emporter le 18 septembre.




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