Dans un cul-de-sac

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L'auteur déplore que les dépenses en transport accaparent de plus en plus d'espace dans les budgets non seulement des gouvernements, mais aussi des citoyens.

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Karel Mayrand

Directeur général pour le Québec Fondation David Suzuki et président, Réalité climatique Canada d'Al Gore.

Le prix du litre d'essence dépasse une fois de plus le seuil des 1,50$. Au-delà des cris d'indignation, vite oubliés, nous devons nous rendre à l'évidence que notre système de transport est dans un cul-de-sac. Comme en santé, où le vieillissement de la population et l'augmentation des coûts des médicaments provoquent une explosion des coûts de système, l'étalement urbain désordonné et la hausse du prix de l'essence provoquent une croissance exponentielle des coûts de notre système de transport, avec des impacts sur les finances publiques, le budget des ménages et notre balance commerciale. Nous n'avons plus les moyens de nous payer un tel gaspillage.

Rappelons d'abord quelques faits. En premier lieu, le nombre de voitures croît beaucoup plus rapidement que la population au Québec. Dans la décennie 2000, le parc automobile a augmenté de 24%, tandis que la croissance démographique n'était que de 5,8%. Le Québec compte aujourd'hui 4,5 millions d'automobiles et en aura 5 millions en 2020 si la tendance se maintient. Le nombre total de kilomètres parcouru a dépassé 70 milliards de kilomètres annuellement. Cette croissance exponentielle du parc automobile a été provoquée par des décennies d'étalement urbain désordonné.

Cette situation a un impact direct sur les finances publiques. La demande pour le parachèvement, l'élargissement, l'entretien et la réparation de nouvelles routes continue de croître. Depuis dix ans, ce sont plus de 25 milliards que le Québec a engloutis dans le réseau autoroutier, dont environ 1 milliard par an uniquement pour de nouvelles routes. Ces investissements en transport ont contribué à l'augmentation de la dette publique du Québec, qui atteint 200 milliards.

Plus inquiétant encore est l'impact de cette situation sur le budget des ménages, qui consacrent aujourd'hui 20% de leur revenu disponible au seul poste des transports, soit plus que ce qu'ils consacrent à l'alimentation. Cette proportion continue de croître avec le prix du litre d'essence qui a plus que doublé en une décennie, passant de près de 70 cents le litre à plus de 1,50$. Le poste des transports s'accapare une part de plus en plus grande d'un revenu disponible qui stagne, étouffant des ménages déjà surendettés.

Finalement, la croissance des coûts de système dans le secteur des transports nourrit le déficit commercial du Québec. Alors que jusqu'en 2003, le Québec jouissait d'un excédent commercial, il accusait en 2012 un déficit commercial de 30 milliards. Des cinq principaux produits importés, quatre sont reliés au transport, soit le pétrole brut, l'essence, les voitures particulières et les camions légers. Ce sont 26 milliards, ou 7% de son PIB, que le Québec laisse filer chaque année pour nourrir son système de transport. De la richesse durement créée qui part en fumée.

On dit souvent que le Québec n'a plus les moyens de ses ambitions. Dans le cas des transports, le Québec n'a tout simplement plus les moyens de son manque d'ambition. Les solutions sont connues: investir dans les transports collectifs, mettre fin à l'étalement urbain et électrifier nos transports. Dans tous ces dossiers, Québec manque cruellement de détermination, comme le démontre la valse-hésitation dans le dossier du SLR.

Alors que le gouvernement du Québec entreprendra sous peu une révision de l'ensemble de ses programmes pour s'attaquer à un déficit structurel dans les dépenses publiques, il doit aussi s'attaquer à la croissance des coûts de système du secteur des transports qui accapare une part croissante de notre PIB et agit comme un boulet pour le développement économique du Québec.




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