La prostitution peut être un beau métier

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« Malgré ce que les médias ou la société en pensent, la prostitution peut être un beau métier », a écrit Maxime Durocher.

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Maxime Durocher

L'auteur est escorte masculin, pour femmes.

Malgré ce que les médias ou la société en pensent, la prostitution peut être un beau métier. Oui, certains collègues et consoeurs de travail le font pour payer leur consommation de drogue et la police doit continuer de manière responsable et non intrusive à dénicher les cas d'esclavage. Toutefois, au Canada, la vaste majorité d'entre nous a consciemment choisi ce métier.

Je suis un homme escorte pour des femmes, et j'ai de belles histoires à vous raconter. Ces histoires sont importantes pour alimenter un important débat de société. Le jugement de la Cour suprême du Canada dans le cas Bedford invalidant plusieurs articles de loi jugés inconstitutionnels, puisqu'ils nuisaient à notre santé et à notre sécurité, a ouvert le bal. Parlons de prostitution.

Par souci de transparence, j'avoue que ma situation est privilégiée, je ne crains pas pour ma santé ou ma sécurité, mais je ne suis pas seul à vivre de la prostitution ainsi. Voici quelques beaux exemples.

Partir deux semaines sur un voilier dans les Caraïbes, enchanteur, non ? Et si en plus vous étiez payés et en bonne compagnie ? Bien des escortes ont vécu ce rêve.

Et passer une fin de semaine à Rome, avec ses monuments, sa cuisine, à la découvrir avec une femme intelligente et passionnée ?

Une journée passée dans un spa à se faire dorloter, masser, exfolier, à somnoler et à simplement relaxer, n'est-ce pas idéal ? J'adore.

Que dire de ces restaurants aux mille délices et les hôtels aux chambres somptueuses ? Des après-midis au musée à discuter d'art ; des soirées à regarder un film, collés l'un sur l'autre ; des marches sur la plage ; des desserts au coucher de soleil ; des moments à rigoler...

Plus simple encore. Travailler en agence, sans avoir à dénicher des clients. Revoir le même client doux et affectueux régulièrement. Se faire dire que l'on est belle ou beau. Entendre l'autre jouir à cause de nous. Recevoir un massage ou se faire dorloter les pieds. Aider à mettre un grand sourire sur un visage, à redonner toute la vigueur de la jeunesse à ceux ou celles qui sont épuisés.

Toutefois, l'avantage numéro un est d'avoir le temps et l'argent pour poursuivre ces activités que nous adorons, mais qui ne paient pas : escalade, yoga, écriture, design, photographie... études. Oui, étudier sans nous préoccuper de notre subsistance. N'y a-t-il pas de meilleure raison ?

Ce sont de belles histoires, mais avez-vous peur pour les autres ? Peur de l'esclavage, de la traite humaine et des situations de contrainte ? Les lois existantes couvrent déjà tout cela, il n'est pas nécessaire de spécifiquement encadrer le travail du sexe. Vous déplorez la consommation de drogues ? Il y a des consommateurs de substances illicites dans toutes les sphères d'activité, qu'ils soient médecins, avocats, commis, plombiers... Légiférer dans notre domaine pour ces raisons, c'est nous marginaliser sans motif valable.

Pour notre santé et notre sécurité, nous avons besoin d'être considérés comme les égaux de tous devant la loi. Nous voulons faire partie de la société. Criminaliser certains aspects de notre travail, c'est nous forcer à travailler dans l'ombre, nous exposant à plus de dangers. La criminalisation de nos clients, cette option appelée approche nordique ou suédoise et envisagée par le gouvernement fédéral, ne fera qu'augmenter les risques, et cela a été démontré1.

Au Canada, la vaste majorité d'entre nous choisit de faire ce travail de manière tout à fait volontaire, et beaucoup le font par plaisir. Nous aimons notre travail comme la plupart d'entre vous aiment le vôtre. Nous ne demandons qu'à exercer ce métier en toute sécurité.

1Dodillet et Ostergren, The Swedish Sex Purchase Act : Claimed Success and Documented Effects, 2011.




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