Monsieur Nightlife

Le projet-pilote d'ouverture des bars dénote un certain... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Le projet-pilote d'ouverture des bars dénote un certain amateurisme de l'adimistration Coderre, selon l'auteur.

Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

Mathieu Grondin

L'auteur est DJ, promoteur et programmateur d'événements et réalisateur.

Le maire Denis Coderre a décidé de s'improviser «Monsieur Nightlife» depuis son arrivée à la mairie. Militant depuis plusieurs années pour plus de flexibilité au niveau des heures d'application de la Loi sur les infractions en matière de boissons alcooliques, j'ai été le premier à être agréablement surpris par l'ouverture manifestée par le maire à ce sujet.

Son projet-pilote de laisser ouverts jusqu'à 6h du matin certains bars dans un secteur déterminé avait tout pour me plaire. Maintenant qu'on en sait plus sur ce projet, je suis maintenant d'avis qu'il est voué à l'échec et qu'il s'en dégage un certain amateurisme.

La liste des bars participants étant maintenant publique, je m'interroge sur la pertinence de la plupart d'entre eux à ce projet. Allez-vous vraiment vouloir boire du scotch et de la bière assis dans un fauteuil en cuir jusqu'à 6h du matin à L'île Noire, au Bistro à Jojo, au Pub Quartier Latin ou au Café Hookah Lounge? Ou sur la rue Crescent: au Sir Winston Churchill Pub, au Burger Bar ou au Winnie? J'ai bien des amis qui étaient excités par ce projet et la réponse est unanime: non.

Dans la plupart des grandes villes que le maire Coderre veut émuler, ce type d'endroit ferme autour de 1h ou 2h du matin et possède un permis de «pub». Après cette heure, les gens rentrent à la maison ou se déplacent dans des endroits où il y a la possibilité de danser (ce qui atténue les effets de l'alcool).

La clientèle qui devrait être principalement visée par ce type de projet (par exemple les amateurs de musique électronique, raves et afterhours légaux et illégaux) ne se sent nullement interpellée par le choix des bars participants et boudera certainement le projet.

D'un autre côté, la clientèle régulière de ce type d'endroit risque de trouver ce projet inutile. Voudra-t-elle rester après 3h du matin alors qu'il n'y a pas de piste de danse? J'entends déjà les conclusions que tireront la majorité des propriétaires de bars impliqués: ce n'est pas rentable et le monde est trop saoul. Si ce n'est pas de l'amateurisme, c'est de l'autosabotage.

Viser la bonne clientèle

Pourquoi ne pas avoir visé en premier lieu des endroits susceptibles d'avoir une clientèle intéressée par ce projet? Peut-être que le maire Coderre a voulu éviter le Plateau Mont-Royal, où se trouve le Salon Daomé, parce qu'il ne voulait pas se frotter à son voisin «bobo» intolérant au bruit, Luc Ferrandez? Je le comprendrais.

Pourquoi alors ne pas avoir visé la rue Saint-Laurent, moribonde économiquement ces dernières années, mais historiquement et culturellement beaucoup plus propice à accueillir ce genre de projet (Blue Dog, Laïka, Blizzarts, Belmont)? Ou, mieux encore, le Village gai, situé, comme le Quartier Latin, dans l'arrondissement du maire (Ville-Marie)? Comme le projet a été étroitement élaboré en collaboration avec la police, mon petit doigt me dit que le SPVM y est pour quelque chose...

Peut-être que le maire Coderre devrait chercher dans son équipe un élu «jeune» et branché sur les cultures nocturnes pour le conseiller? À moins qu'il n'y en ait simplement pas à l'hôtel de ville?

Il serait très décevant que les conclusions de ce projet ne soient pas à la hauteur du sens festif des Montréalais pour la simple raison qu'il a été mal élaboré. L'été nous le dira...




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