Pour un girls club en politique

En janvier dernier, à l'occasion d'une conférence publique... (Photo archives La Presse)

Agrandir

En janvier dernier, à l'occasion d'une conférence publique publique et non partisane organisée par Ton Avenir en Main, Mélanie Joly, Maria Mourani et Christine St-Pierre ont discuté des défis qui attendent les femmes désireuses de se faire une place au sein des instances politiques.

Photo archives La Presse

Martine Delvaux, Pascale Navarro

Au lendemain des élections, il nous paraît important de poser la question suivante: notre société peut-elle se satisfaire du petit nombre de femmes qu'on trouve, aujourd'hui, en politique? Les partis se targuent régulièrement d'être ouverts aux femmes et de compter dans leurs rangs nombre de candidates formidables. Mais au lieu de prodiguer promesses et flatteries, pourquoi ne pas légiférer, enfin, sur la parité?

On a beau être en 2014, on compte, en ce moment, 27 % de femmes députées à l'Assemblée nationale. C'est un recul, et c'est décevant. Étant donné les résultats du 7 avril, force est de constater que les parlements demeurent des boys clubs, à l'image de ces clubs sélects dont les membres établissent entre eux des contacts et des alliances qui servent au maintien ou à l'augmentation de la puissance économique et politique.

Le problème avec le boys club, c'est qu'il crée des catégories. Ainsi, il appelle, par opposition, un «toutes les femmes», un «toutes pareilles» qui enferme celles-ci dans une définition du féminin uniforme: cette vision des femmes les exclue du monde politique, et les oppose les unes aux autres comme d'éternelles rivales, interdisant les alliances entre elles, comme si elles n'avaient pas intérêt à former un girls club.

L'histoire de la politique québécoise fait pourtant la preuve que des politiciennes de différents partis ont régulièrement choisi de se rassembler autour de projets importants comme la loi sur l'équité salariale ou celle sur le patrimoine familial. Quand elles se regroupent pour changer des mentalités, elles y parviennent : n'est-on pas passé, en 30 ans, du congé de «maternité» au congé «parental» ? Voilà le travail de politiciennes en série... Elles peuvent encore faire beaucoup, si elles sont plus nombreuses.

Sachant qu'il faut 30 à 40 % de femmes dans une assemblée politique pour commencer à créer un impact, c'est bien la question de la parité qu'il faut soulever. Que changerait un gouvernement composé d'autant de femmes que d'hommes? Quand la politique change de corps, quand le corps politique est diversifié, peut-on imaginer que la politique se transforme profondément?

La parité ne se traduit pas seulement en termes de nombre ou de ministères alloués aux femmes. Elle transpose, dans la gouvernance, une volonté politique d'inclusion qui tient compte de la perspective des femmes. Il existe plusieurs modèles de parité. Certains États inscrivent l'obligation de nommer un nombre égal de femmes et d'hommes dans leur Constitution, d'autres obligent à une «zone paritaire» qui propose une proportion de 40 à 60 % d'homme ou de femmes. Dans certains pays, ce sont les partis politiques qui ont pris l'initiative d'imposer dans leurs règlements l'obligation de parité. Comme l'a fait chez nous Québec solidaire, ce qu'il faut saluer.

La parité n'est pas une ségrégation, mais une porte d'entrée pour la diversité. Contre un gouvernement majoritairement blanc et masculin, il faut plutôt en imaginer un autre à l'image de la population représentée, et cette image inclut une série de politiciennes apparaissant comme des vis-à-vis du légendaire boys club. Des politiciennes fortes de leurs compétences et de leur appartenance à un groupe dont la voix a longtemps était marginale. Des politiciennes capables d'avoir un réel impact sur le mode de fonctionnement du gouvernement et l'exercice du pouvoir.

En 2008, on a félicité le gouvernement Charest d'avoir formé un conseil des ministres paritaire, tout comme il fut salué pour avoir inscrit dans la loi l'obligation à la parité dans les conseils d'administration des sociétés d'État. Ce qui est bon pour les sociétés d'État l'est aussi pour la politique parlementaire: pourquoi ne pas obliger par une loi à former un cabinet paritaire ? Nous n'en attendons pas moins du gouvernement que formeront les nouveaux élus. Parce que les femmes peuvent, elles aussi, vouloir faire quelque chose avec le pouvoir!




la boite:1600127:box; tpl:300_B73_videos_playlist.tpl:file;

Les plus populaires

Tous les plus populaires
sur lapresse.ca
»

la boite:2525685:box

Autres contenus populaires

la boite:219:box
image title
Fermer