Trompeurs et tartuffes

L'auteur déplore que la Charte de la laïcité... (PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE)

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L'auteur déplore que la Charte de la laïcité ait servi de « détournement identitaire » et que l'égalité entre hommes et femmes telle que proposée est une tromperie.

PHOTO EDOUARD PLANTE-FRÉCHETTE, LA PRESSE

Benoît Lauzière

L'auteur a été directeur du Devoir de 1986 à 1990.

Je veux bien croire, comme Machiavel, que le trompeur ne manquera jamais de dupes, mais j'ose espérer qu'il y en aura de moins en moins (de dupes) en cette fin de campagne électorale, malgré que les trompeurs demeurent aussi impénitents, organisés et médiatisés. Quelques exemples.

Comment ne pas être outré quand les promoteurs de la Charte de la laïcité et la plupart des journalistes répètent erronément que les citoyens sont divisés en pro et contre la charte alors que manifestement, ils ne sont divisés que sur la partie des signes ostentatoires (il faudrait dire ostensibles)?

Comment ne pas être indigné par le détournement identitaire au profit des seules valeurs de la majorité ethnique? Comme on l'a dit récemment, vivre ensemble en contexte de diversité ne suppose-t-il pas que chacun fasse un effort de modération identitaire?

Comment ne pas être renversé par cette tromperie qui veut faire croire que l'objectif d'une charte de la laïcité est l'égalité entre les hommes et les femmes. Lien on ne peut plus faux, logiquement et historiquement. Faut-il ajouter que contre toute attente normale, les modifications conséquentes n'ajouteraient pas de nouveaux droits, mais de nouveaux interdits qui empêcheraient une catégorie de femmes de travailler pour le plus gros employeur du Québec? Vivre ensemble ...entre nous seulement.

Comment ne pas être agacé par cette confusion entretenue entre l'objectif poursuivi, qui est de rendre officielle la neutralité de l'État, et un des moyens privilégiés, l'interdiction complète du port des signes religieux ostensibles dans la fonction publique. Bien sûr, cette habile confusion permet aux vendeurs du projet de faire de ce moyen une question de principe (donc non discutable) et de faire croire aux citoyens qu'ils sont contre la Charte s'ils n'achètent pas ce moyen. 

Comment ne pas être exaspéré par le rejet du revers de la main des avis du Barreau et de la Commission des droits de la personne dans une démarche aussi importante que celle menant à la restriction et à l'interdiction de droits actuellement reconnus? Dans une société de droit, accuser de légalisme les avis légaux d'institutions vouées à la défense des droits des individus et des minorités est pour le moins étonnant.

Comment ne pas être révolté en apprenant qu'après avoir claironné le bien-fondé juridique de la charte de la laïcité promise, on annonce maintenant qu'on irait jusqu'à inclure la clause dérogatoire de façon préventive dès le dépôt du projet de loi? Enfin un aveu: on savait que les interdictions tous azimuts étaient injustifiables au regard des droits fondamentaux protégés par les chartes tant québécoise que canadienne. Et une interdiction de plus: l'éventuelle possibilité de contester.

L'intolérable: le critère de la majorité pour réduire les droits des minorités.

Une réponse à donner à la question répétée de madame Bazzo (Que manque-t-il au Québec?), je serais porté à répondre: compte tenu de la tartufferie régnante, nous manquons de Voltaire et surtout de Molière.

En novembre 1987, à la Une du Devoir, rendant un dernier hommage «au père le plus exigeant et le plus aimant» que les Québécois aient eu, je terminais en disant: «Adieu Monsieur Lévesque, et merci du pays que vous nous avez laissé et du supplément d'âme que vous nous avez donné.» Il appert, eu égard à la défense du projet de laïcité sur la table, tel que vendu, que ce supplément ne profite plus guère au Parti qu'il a fondé.




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