Affaire Turcotte: entre tricherie et malentendu

En 2014, Guy Turcotte subira un deuxième procès où... (ILLUSTRATION LA PRESSE CANADIENNE)

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En 2014, Guy Turcotte subira un deuxième procès où il devra de nouveau répondre à des accusations de meurtres prémédités à l'endroit de ses deux enfants.

ILLUSTRATION LA PRESSE CANADIENNE

François Houle

L'auteur est étudiant en droit à l'Université de Sherbrooke. Il demeure à Sainte-Julie.

Au lendemain du refus de la Cour suprême d'entendre l'appel de Guy Turcotte - confirmant ainsi la tenue d'un nouveau procès - le ministre de la Sécurité publique, Steven Blaney, a mentionné que «[son] gouvernement se réjouit de cette décision».

L'affaire Turcotte a frappé l'imaginaire des Québécois et ébranlé la fragile confiance des citoyens envers le système de justice canadien. Plus d'un a déchiré sa chemise sur le système pourri de pseudo-justice qui sert les délinquants et les meurtriers. Certains ont même vanté les bienfaits de la peine de mort. Isabelle Gaston, l'ex-conjointe de Guy Turcotte a dit qu' «on a triché» lors du premier procès. «Triché».

Peu de gens peuvent saisir l'ampleur de la douleur qu'a dû subir cette femme. Qu'elle se dise «très heureuse» de la décision de la Cour d'appel et du refus de la Cour suprême de se prononcer, j'en conviens. Cette femme demeure convaincue que l'ex-cardiologue saisissait la portée de ses actes.

Mais «triché»... Par ce simple mot, madame Gaston galvanise des milliers de Québécois qui lynchent le système de justice, en proie à la hargne que leur inspire cette décision. Des milliers de Québécois qui, pour la plupart, ne connaissent de cette histoire que ce qui en est rapporté dans les journaux, sans vraiment saisir le sens d'un verdict de non-responsabilité et ne sachant pas clairement pourquoi le dossier est renvoyé en Cour supérieure. Ce n'est certainement pas parce qu'on a «triché» lors du premier procès...

***

Si un nouveau procès est ordonné, c'est parce que le jury n'a pas été correctement instruit sur une question bien particulière, celle de savoir «si c'est le trouble mental ou l'intoxication [de Turcotte] qui a rendu l'intimé incapable d'un jugement rationnel».

Est-ce qu'au final, un nouveau jury rendra une décision semblable à son alter ego de 2011? Une seule chose est certaine: advenant le cas d'un second verdict de non-responsabilité criminelle pour cause de troubles, nous assisterons à nouveau à une crise dans l'opinion publique. Nous aurons alors rouvert avec violence une plaie qui avait tout juste cessé de suinter.

Et le gouvernement fédéral ne trouve rien de mieux à faire que de se réjouir de cette décision, confortant ainsi l'opinion d'un déni de justice, sous-entendant qu'un verdict de culpabilité aurait été préférable, endossant le sentiment de tricherie.

Un gouvernement ne devrait pas se réjouir d'une telle décision; il devrait en prendre note et promettre de suivre avec attention le nouveau procès. Il devrait surtout se faire un devoir d'expliquer à la population les rouages du système. On ne fait pas des procès pour confirmer des culpabilités, mais pour les prouver.

Parfois, des situations paraissent troublantes. Mais au fond, qui peut vraiment savoir ce qui se passait dans la tête de Guy Turcotte à ce moment? Un jury a eu un doute raisonnable sur sa capacité à discerner le bien du mal au moment des faits. Un autre jury se penchera à nouveau sur cette question.

Au final, il y en aura toujours pour dire qu'il ne suffit que d'avaler du lave-vitre pour tuer des enfants et s'en sortir. Le nouveau procès devrait se tenir dans un an. Je soupçonne, en ce moment même, monsieur le ministre d'espérer un verdict de culpabilité, pour ne pas avoir à faire face à un nouveau tollé, pour ne pas avoir à défendre le système canadien de justice.




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