Au-delà de l'émotion

L'éventualité d'un référendum sur la souveraineté du Québec... (Photo Christinne Muschi, Reuters)

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L'éventualité d'un référendum sur la souveraineté du Québec organisée par un gouvernement péquiste est revenu à l'ordre du jour la semaine dernière.

Photo Christinne Muschi, Reuters

Philippe F. Riel

L'auteur est ingénieur à la retraite.

Les souverainistes semblent avoir adopté la stratégie du moindre risque afin de faire passer leur projet: une union monétaire à la euro et un espace exempt de frontières à la façon Schengen. Drôle de souveraineté en fait...

On voit mal, en effet, comment on parviendrait à maîtriser notre avenir sans les leviers économiques que constituent le contrôle de sa propre politique monétaire via une banque centrale pour le Québec, une monnaie adaptée à nos besoins, et une politique industrielle qui assurerait un financement viable à nos programmes sociaux et au commerce indispensable avec le reste du monde.

Quant à l'absence de frontières, on aura beau ouvrir nos portes aux Canadiens, il n'est pas sûr qu'ils acceptent d'ouvrir les leurs aux Québécois, dût-on avoir conservé notre passeport. Il est possible que le scénario Marois puisse se concrétiser, mais il se peut aussi qu'il se heurte à un mur. Du reste, on se demanderait presque alors dans de telles conditions, c'est-à-dire avec un tel niveau d'intégration avec le reste du Canada, à quoi bon devenir souverain?

Le cauchemar de l'euro

L'union monétaire à l'européenne est un beau rêve qui s'est transformé en cauchemar pour plusieurs. On a vu les contraintes qu'elle impose aux pays membres qui n'ont pas su performer au niveau commercial et tout le mélodrame qui en a résulté.

L'euro n'a en fait rien réglé des vrais problèmes économiques des pays quant à l'endettement chronique, aux déficits insurmontables, aux balances de paiements négatives dues aux problèmes de compétitivité. Il a tout au plus permis d'affermir la présence de la monnaie européenne face au dollar américain dans les échanges internationaux.

Et, il faut bien le dire, le reste du Canada n'a peut-être pas le goût de tenter l'expérience: il sera davantage motivé à garder le contrôle de sa monnaie plutôt que de perdre une certaine dose de sa propre souveraineté au profit une banque centrale canado-québécoise calquée sur la BCE. Il se peut bien que nous nous résignions à garder le dollar canadien, mais cela se fera sans avoir aucun mot à dire sur sa politique monétaire.

Le projet québécois d'un avenir souverain devrait nous dire par ailleurs dans quel genre de pays on voudrait vivre: comment un Québec souverain pourra gérer avec davantage de succès les vrais problèmes sociaux, tels la pauvreté, l'environnement, la santé, l'éducation, le chômage, etc.

Il est vrai que le Canada est devenu, avec la prise du pouvoir de la droite anglo-saxonne de l'Ouest, un pays qui nous est un peu plus étranger chaque jour, avec un système de valeurs que le Québec considère comme à juste titre rétrograde. Il est vrai aussi que les propos blessants de la part d'une soi-disant élite journalistique torontoise allant jusqu'à nous traiter de «Grecs du Canada» ne nous incitent pas à rester avec eux, mais plutôt à claquer la porte. Toutefois, il reviendra à Mme Marois de nous expliquer bien précisément, avant d'aller de l'avant une fois pour toutes dans cette aventure, les détails de ce projet aussi fondamental, toutes ses implications économiques, et ce, au-delà des considérations émotives qui teintent ce débat depuis toujours.




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