Diviser pour régner

La première ministre du Québec, Pauline Marois, et... (Photo Jacques Boissinot, archives La Presse Canadienne)

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La première ministre du Québec, Pauline Marois, et le ministre responsable des Institutions démocratiques et de la Participation citoyenne, Bernard Drainville.

Photo Jacques Boissinot, archives La Presse Canadienne

Jean-François Caron

L'auteur est professeur de science politique à l'Université de Moncton.

Il serait utopique de limiter les raisons qui expliquent l'attrait pour l'option indépendantiste à un seul facteur. C'est ce que montre l'analyse des principales sociétés qui sont aux prises avec des menaces sécessionnistes, plus particulièrement la Flandre en Belgique, la Catalogne en Espagne ou encore l'Écosse en Grande-Bretagne.

La variable historique joue un rôle important dans cette forme de mobilisation politique. Pensons aux grandes injustices intercommunautaires commises dans le passé et qui contribuent encore à nourrir le discours sécessionniste flamand envers les francophones de Belgique ou celui des Catalans envers la majorité castillane.

À ce facteur, il faut ajouter la question des injustices économiques (réelles ou non) qui viennent ajouter de l'eau au moulin à l'argumentaire indépendantiste des nations minoritaires. Cela est particulièrement vrai pour les Écossais, qui affirment contribuer démesurément à l'assiette fiscale britannique sans pour autant recevoir une juste compensation.

Ces deux facteurs ont joué un rôle important dans la mobilisation du mouvement indépendantiste québécois. Par exemple, l'historiographie liée à la fondation du Canada est très majoritairement dominée par l'idée selon laquelle le Canada n'a pas été fondé sur des bases de respect et d'égalité entre les Canadiens anglais et les Canadiens français. De nombreux intellectuels québécois, comme Jean-Charles Bonenfant, ont soutenu que le Canada n'était en réalité qu'une quasi-fédération qui devait éventuellement se transformer en un système politique unitaire.

Cette affirmation est fausse. Le Québec jouit d'une autonomie politique qui fait l'envie de plusieurs nations minoritaires. Pour des raisons diverses, il semble toutefois être plus facile pour certaines élites de nous présenter le Canada anglais non pas sous la forme d'un partenaire, mais plutôt comme une force vouée à faire disparaître la différence québécoise. Cette prise de position plaît puisqu'elle s'ancre à merveille dans la psychologie québécoise du minoritaire traversé par d'innombrables insécurités qui sont bien souvent davantage fictives que réelles.

L'évocation d'un déséquilibre fiscal au tournant des années 2000, qui désavantageait le Québec et le privait de son autonomie politique, a pour sa part tenté de faire du facteur économique un élément central de l'argumentaire souverainiste. Ce dernier argument se retrouve toutefois affaibli par le fait que le Québec est désormais un grand bénéficiaire des paiements de péréquation.

Confronté à cette dynamique, le Parti québécois a désespérément cherché à raviver la flamme vacillante de la souveraineté. Plusieurs enquêtes ont montré que l'appui à cette cause ne se renouvelle plus auprès des 18-24 ans. Dans les circonstances, le Parti québécois doit plutôt se tourner vers un autre facteur de la mobilisation indépendantiste, soit l'incapacité d'affirmer sa différence nationale en raison de blocages institutionnels du système fédéral.

Le projet de charte sur la laïcité s'inscrit dans cette tendance. Le fait que le gouvernement refuse de rendre publics les avis juridiques associés à la légalité de ce projet en dit long. Les ministres Saint-Arnaud, Lisée et Drainville savent pertinemment que ce projet sera, dans sa forme actuelle, fort probablement invalidé par les tribunaux. Si cela se produit, ils auront le loisir de réorganiser le discours souverainiste autour de l'incapacité qu'a le Québec de s'autodéterminer librement et d'adopter des législations propres à sa spécificité. Ce facteur a d'ailleurs démontré au Québec et ailleurs son efficacité redoutable à mobiliser l'électorat souverainiste.

Cela se fera toutefois au prix de la violation de libertés fondamentales et d'un discours populiste qui opère une division entre la majorité et les groupes minoritaires par le biais d'un nationalisme identitaire exclusif.

Obnubilés par leur désir de raviver la flamme, les ténors souverainistes négligent toutefois le fait que l'on ne crée pas un pays sur des bases morales et politiques aussi fragiles et injustes. C'était du moins le souhait de René Lévesque.




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