Un investissement risqué

L'analyse que je poursuis diligemment sur les hydrocarbures de roche mère, dont... (Photo archives La Presse)

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Marc Durand

L'auteur est ingénieur en géologie appliquée et professeur retraité du Département des Sciences de la Terre et de l'atmosphère à l'UQAM. Il répond ici au texte «Les données manquantes», du vice-président de Junex, David Pépin, publié lundi dernier.

L'analyse que je poursuis diligemment sur les hydrocarbures de roche mère, dont ceux d'Anticosti, porte avant tout sur les aspects géologiques-technologiques. Dans le cas spécifique des problèmes géotechniques que l'exploitation éventuelle du shale soulève, mes documents présentent huit aspects bien problématiques pour Anticosti. Pour un seul de ces huit volets je me suis permis de réagir à l'enflure des milliards lancés depuis un an par diverses personnes du secteur économique: les promoteurs Junex et Pétrolia, le manifeste Landry et al, le montant de 45 milliards inclus dans l'annonce récente de l'injection de 115 millions par le gouvernement, etc.

Pour mettre en cause, voire dénoncer des valeurs attribuées à du pétrole tantôt qualifié de «réserves», tantôt de «disponibles», le tout rapidement multiplié par 100$/baril, j'ai jugé utile de présenter ma propre petite analyse. Cette évaluation des coûts-bénéfices, bien que sommaire, est juste un peu plus crédible que celle que j'ai vu présentée par les promoteurs, car j'ai mis des chiffres dans la colonne des dépenses. L'industrie s'est contentée de parler en terme de milliards «disponibles», comme si c'était gratuit et qu'on avait juste à aller chercher ces barils. Cette très petite partie de tout ce que j'ai présenté depuis trois ans semble être ce qui a finalement fait réagir.

J'espérais un peu naïvement depuis trois ans qu'un débat scientifique s'amorce avec sérieux entre promoteurs et opposants. L'absence de contradicteurs crédibles sur le fond de mes arguments géotechniques m'amène à constater qu'on a peu à redire sur ces aspects. Par contre, le vice-président aux finances de Junex, Dave Pépin, prend la peine de réagir à la toute petite présentation que je fais sur le coût de l'exploitation hypothétique à Anticosti. M. Pépin qualifie mon estimation de prématurée, faute de données suffisantes; mais si les données sont insuffisantes, comment peut-on déjà par ailleurs chiffrer à 45 milliards les redevances de l'État?

Il y a sans doute plus d'une façon d'évaluer le risque d'investir dans le pétrole d'Anticosti. La mienne est indépendante d'intérêts privés à court terme, ce qui n'est pas le cas pour des compagnies juniors. Pourquoi Le Soleil du 15 février, au lendemain de l'annonce de l'investissement du Québec à la hauteur de 115 millions, résumait-il ainsi cette question: «Les pétrolières Junex et Pétrolia, dont les sièges sociaux sont à Québec, sont catégoriques: sans Québec, l'aventure pétrolière à l'île d'Anticosti n'aurait jamais eu lieu» ? D'autres évaluations sur les coûts d'extraction à Anticosti existent peut-être chez des majors de l'industrie pétrolière, qui se sont tous abstenus. Par contre, j'ai la confirmation que le gouvernement n'a en main aucun document de cette nature. La décision d'investir a été prise pour d'autres motifs.




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