Les données manquantes

La capacité d'exploitation pétrolière de l'île d'Anticosti ne... (Photo Lucy Nicholson, archives Reuters)

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La capacité d'exploitation pétrolière de l'île d'Anticosti ne peut être analysée avec précision, puisque la phase d'exploration est loin d'être complétée.

Photo Lucy Nicholson, archives Reuters

Dave Pépin

L'auteur est vice-président, Affaires corporatives, et chef des finances chez Junex.

Dans un article daté du 14 février dernier, La Presse reproduisait les propos de M. Marc Durand qui remettait en question la rentabilité potentielle du projet d'exploration pétrolière d'Anticosti. Se basant sur sa propre «analyse financière» du projet, M. Durand affirmait que celui-ci entraînerait une perte de 40 à 80 milliards.

Je ne doute pas du fait que le travail de M. Durand ait été réalisé de bonne foi, mais, sans doute parce qu'il n'a jamais travaillé dans l'industrie pétrolière, ni probablement jamais non plus réalisé l'analyse économique d'un projet d'investissement, ses calculs se révèlent être un exercice d'arithmétique qui a l'avantage d'être simple, mais qui ne repose malheureusement pas sur un modèle financier crédible, ni sur des hypothèses ou des variables valides.

Par conséquent, ses calculs ne nous renseignent ni sur la rentabilité potentielle du bassin d'Anticosti ni sur le rendement attendu d'un investissement en exploration pétrolière et gazière.

L'analyse de M. Durand oublie notamment de considérer les deux variables les plus importantes du modèle financier qui sont le débit de production des puits (par voie de conséquence, la rapidité de récupération du capital investi) et la récupération ultime de pétrole par puits (désignée dans l'industrie pétrolière comme Estimated Ultimate Recovery ou EUR).

Non seulement M. Durand oublie-t-il de prendre en compte ces variables essentielles, mais la valeur attribuée à chacune des variables qu'il utilise pour effectuer ses calculs est pour le moins hypothétique et contestable.

Il prend comme hypothèse que de «10 000 à 12 000 puits» seront forés pour récupérer «entre 1% et 2%» des hydrocarbures initialement en place dans la roche. Or comment peut-on déterminer le nombre de puits nécessaires à l'extraction d'une ressource si l'on ne connaît pas le débit de chacun des puits ni, surtout, la production ultime (le EUR) que ceux-ci livreront?

Quant au taux de récupération de la ressource initialement en place, M. Durand prétend qu'il sera de 1% et 2%. Pour ce faire, il dit se baser sur le taux de récupération du gisement de Bakken au Dakota. La réalité est beaucoup plus complexe. Le taux de récupération observé dans le gisement de Bakken varie grandement selon les différentes parties du bassin qui s'étend sur cinq juridictions au Canada et aux États-Unis. En fait, les études d'analyse de production montrent que le taux de récupération varie en général de 1,2% à 9%. Selon le National Energy Technology Laboratory, une division du Département de l'énergie américain, le taux de récupération primaire moyen sera de 2% à 10%.

Aucun bassin sédimentaire n'est uniforme et les résultats d'Anticosti, comme ceux de tous les autres bassins, varieront grandement en fonction de différents paramètres géologiques tels que la pression, la porosité ou la perméabilité.

La vérité en fait c'est que nul ne peut pour le moment prédire quelle sera la valeur des deux variables les plus importantes pour analyser la rentabilité du bassin d'Anticosti. Par conséquent, nul ne peut non plus prédire le nombre de puits qui seront forés ou le taux de récupération total des hydrocarbures en place dans la roche. Pour ces raisons toutes simples, personne ne sait encore si le bassin d'Anticosti sera rentable.

C'est d'ailleurs précisément la raison pour laquelle nous devons compléter la phase d'exploration.




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