Un trou de 55 milliards pour le RRQ

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Jacques Gagné

L'auteur est invité à l'ENAP.

Publiée au début de décembre, l'évaluation actuarielle du Régime de rentes du Québec (RRQ) 1 n'a suscité que peu d'attention. Quant à l'évaluation actuarielle du Régime de pensions du Canada (RPC) 2, publiée presque en même temps, elle est passée à peu près inaperçue. Pourtant, l'analyse des deux évaluations montre à quel point le fardeau financier imposé à la génération des jeunes cotisants québécois s'annonce très lourd.

Rappelons que le RRQ s'adresse aux travailleurs québécois et le RPC à l'ensemble des travailleurs canadiens à l'extérieur du Québec. Les deux régimes ont été créés en même temps (1966) et les montants de rente payables ont toujours été très similaires. Les taux de cotisation ont également été les mêmes jusqu'en 2011. Par contre, en 2012, 2013 et 2014, les taux se sont distancés, étant plus élevés pour les participants québécois.

L'évaluation actuarielle du RRQ indique que le taux de cotisation à partir de 2018, et jusqu'à la fin de la période de projection en 2062, devra être de 11,0%. Quant au RPC, aucune augmentation du genre n'est nécessaire, le taux de cotisation actuel de 9,9% étant suffisant sur toute la période de projection.

Qui plus est, malgré son taux de cotisation inférieur, le RPC réussit à bâtir à long terme une meilleure situation financière que le RRQ; en effet, en 2062, le RPC détiendra un montant d'actif égal à 6 fois les prestations d'une année, alors que le montant d'actif du RRQ, lui, ne sera égal qu'à 3,7 fois ces mêmes prestations. Pour arriver à la même situation financière que le RPC en 2062, le taux de cotisation au RRQ, à compter de 2018, devrait être porté non pas à 11%, mais bien à 11,4%.

Pour la simple année 2018, que représenterait en dollars, pour l'ensemble des participants québécois, le fait de cotiser 11,4%, plutôt que 9,9%, comme au RPC? Ce serait environ 2,1 milliards de dollars. C'est le coût annuel du désavantage démographique subi par les cotisants au RRQ comparativement aux cotisants au RPC. Cette différence se répète d'année en année, au moins jusqu'à la fin de la période de projection en 2062.

Supposons hypothétiquement que, de 2018 à 2062, les cotisants au RRQ refusent de payer plus que leurs cousins du RPC, c'est-à-dire qu'ils se contentent de payer un taux de 9,9%. Quel montant faudrait-il alors ajouter en 2018 à l'actif du RRQ pour faire en sorte que ce régime se retrouve, en 2062, dans la même situation financière que le RPC? Eh bien ce montant serait de l'ordre de 55 milliards de dollars. Cela représente l'actualisation du désavantage démographique du Québec par rapport au reste du Canada appliquée aux régimes de retraite RRQ et RPC.

Le problème est, qu'au Québec, le ratio de la population des 20-64 (en gros, les cotisants) sur les 65 et plus (en gros, les retraités) est de beaucoup inférieur au ratio du reste du Canada. D'une certaine façon, les cotisants au RPC peuvent remercier les cotisants du RRQ de ne pas avoir à partager la charge démographique excédentaire du Québec; cette charge devrait en effet être partagée si les deux régimes étaient unifiés.

Comme l'écrivait Pierre Fortin dans une lettre publiée le 10 décembre dans La Presse, «Le choc démographique est arrivé». Après avoir examiné le RRQ et le RPC, on peut maintenant ajouter «et le choc est là pour durer». Et ce ne sont certainement pas les coûts futurs des soins de santé ou des infrastructures vieillissantes qui vont alléger la charge excédentaire imposée à la génération des jeunes Québécois.

1 Évaluation actuarielle du Régime de rentes du Québec au 31 décembre 2012, Régie des rentes du Québec

2 Rapport actuariel du Régime de pensions du Canada au 31 décembre 2012, Bureau du surintendant des institutions financières




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