La grande illusion

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L'auteur estime que le Québec doit réévaluer certains programmes publics, comme les garderies à 7 $, avant qu'il ne soit trop tard.

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Michel Audet

L'auteur a été sous-ministre, ministre du Développement économique et ministre des Finances.

La semaine dernière, une étude sérieuse publiée par Robert Gagné des HEC démontrait que le Québec vit nettement au-dessus de ses moyens et qu'il faudrait réévaluer certains programmes qu'on ne peut plus se payer.

La situation décrite par l'étude de M. Gagné ne date pas d'hier. Les programmes de santé, de bien-être et d'éducation post-secondaire sont des services essentiels introduits partout au Canada dans les années 60 et 70 et pèsent très lourd dans le budget du Québec. Mais ce dernier y a graduellement superposé d'autres programmes dont les coûts, mal évalués au départ, ont éclaté au fil des ans: garderies à 7$, congés parentaux, assurance-médicaments, subventions aux entreprises, gel des droits de scolarité universitaires, et j'en passe.

En s'appuyant sur les données de l'Institut de la statistique du Québec, on constate que, depuis 30 ans, le Québec dépense toujours plus par habitant que l'Ontario et les autres provinces et que l'écart s'est élargi ces dernières années.

De sorte qu'en 2012-13, les dépenses du Québec représentaient 26,8% des dépenses totales des provinces. La même année, la population du Québec représentait 23% de celle du Canada, et notre richesse (PIB), 19,7%. Arrondissons les chiffres: 23% de la population, 20% de la richesse et près de 27% des dépenses totales des provinces. Des faits percutants trop peu connus des Québécois et même de nos politiciens.

Pendant des années, le Québec a réussi à «éponger» cet excédent de dépenses par rapport à nos moyens en comptant essentiellement sur trois modes de financement:

1) La péréquation. Ce programme fédéral permet aux provinces plus pauvres de recevoir des paiements qui relèvent leur capacité fiscale autour de la moyenne canadienne. Cette année, Québec recevra un chèque d'Ottawa de$9,3 milliards à ce titre. Avec ce paiement, le Québec pourrait avoir un fardeau fiscal comparable à la moyenne des provinces si ses dépenses n'excédaient pas de 14% environ cette moyenne.

2) Le recours fréquent à des impôts plus lourds. Le Québec a maintenant les taux de taxation les plus élevés au Canada, que ce soit sur les revenus des particuliers, sur la masse salariale des entreprises ou sur la consommation des individus (TVQ).

3) Une hausse de la dette. Le Québec a aussi la dette nette par habitant la plus lourde au Canada:$21 800 en 2013 contre$14 700 pour la moyenne des provinces.

Pendant combien de temps encore le Québec pourra-t-il maintenir cette illusion qu'on a les moyens de continuer ainsi? Attend-on de frapper un mur, comme l'ont vécu des pays tels l'Irlande, la Grèce, le Portugal, l'Espagne? Ces pays ont dû réduire le nombre et le salaire des fonctionnaires et même couper dans des services sociaux jugés essentiels pour satisfaire les agences de crédit et les prêteurs.

Une sérieuse réflexion nationale s'impose pour que les citoyens comprennent bien les enjeux, condition essentielle en démocratie. Politiquement risqué? Il y a des précédents. Confronté au même problème, le gouvernement Bourassa a tenu, en 1993, une commission parlementaire portant justement sur le thème «Vivre selon nos moyens». En 1996, Lucien Bouchard a convoqué un sommet sur l'atteinte du déficit zéro. Dans les deux cas, le message était clair: on ne peut indéfiniment vivre au-dessus de nos moyens sans s'exposer à des conséquences néfastes. Dans les deux cas, des révisions de programmes et des mesures d'austérité ont suivi.

Malheureusement, le gouvernement Marois est dans le déni total sur cette question, comme il l'était sur le déficit. Et pendant ce temps à l'Assemblée nationale, il poursuit un tout autre programme... On cause à satiété des signes religieux ostentatoires. Quel cynisme!




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