Le diplôme d'études secondaires n'est plus

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Selon une étude de l'Université Laval, 57% des élèves du secondaire considèrent qu'ils ont de la difficulté à maîtriser la grammaire française.

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Stéphane Lévesque

L'auteur est enseignant de français au secondaire.

Ça y est. C'est fait. On nous a présenté, en 40 minutes, un changement qui n'a l'air de rien, mais qui, en réalité, bouscule tout. Environ une centaine de profs sont venus apprendre, un mardi matin, que le but visé par l'ensemble des intervenants de notre école secondaire, ce n'est plus l'obtention d'un diplôme.

En fait, ce n'est pas exactement comme ça qu'on nous l'a dit. On nous a parlé du long processus de consultation, des statistiques émanant de pays de l'OCDE comparables au nôtre, des visées à long terme tel que prévu par Québec, des recherches actuelles sur le sujet...

L'enrobage était digestible, mais le contenu était trop bien emballé pour qu'on puisse y goûter sur le moment. C'est le soir même, à tête plus ou moins reposée et avec douze heures de recul, que l'évidence m'a frappé en plein visage: le diplôme d'études secondaires n'est plus. Le papier que les élèves finissants recevront à partir de 2017 n'aura du diplôme que le nom. En réalité, ce sera un permis de travail. Ce n'est pas seulement un changement de vocabulaire: c'est un changement de cap, de vision, de philosophie.

En présentant la décision sous forme chiffrée, elle me semble encore plus facile à expliquer aux gens qui n'ont pas le nez collé sur l'école au quotidien. Depuis la réforme, les élèves de 1re secondaire ne peuvent plus «couler» leur année. Même s'ils échouent à tous leurs cours, on les envoie en deuxième secondaire. Les deux années sont considérées comme un cycle et on n'évalue vraiment qu'à la fin de ce cycle.

Rabaisser encore les exigences

Cette décision avait évidemment choqué puisque, clairement, on abaissait le niveau de performance minimal requis chez les élèves. On avait rassuré les profs en leur disant que, de toute façon, les élèves auraient besoin de 28 unités sur 36 en 2e secondaire, c'est-à-dire qu'ils auraient besoin de réussir au minimum les trois quarts de leurs cours, pour passer de la 2e à la 3e année du secondaire.

Ce que les gestionnaires de ma commission scolaire ont récemment décidé, c'est de maintenir le cycle sur deux ans en début de secondaire, tout en abaissant à 18 unités sur 36 le seuil minimal pour passer de la 2e à la 3e année du secondaire. En gros, ça veut dire que si un jeune a coulé tous ses cours en 1re et la moitié de ses cours en 2e, on l'enverra en 3e.

Les profs de 3e recevront donc potentiellement des élèves qui n'auront pas réussi les deux niveaux précédents, ce qui obligera ceux-ci à réduire leurs exigences et à rabaisser une fois de plus le plancher minimal requis chez les élèves, forçant les profs des niveaux suivants à faire de même.

On diplômera donc des élèves qui connaîtront moins de choses, qui auront compris moins de notions, qui auront moins réussi, qui seront plus faibles. J'ai instinctivement soulevé devant l'assemblée que c'est toute la valeur du diplôme qui est remise en question. En fait, c'est là que je me trompais.

Un droit de travail

Le diplôme ne sera plus considéré comme une preuve de l'atteinte d'un niveau académique prédéterminé. Il sera un droit de travailler que pratiquement tous les élèves, forts ou faibles, devront éventuellement recevoir. En effet, puisqu'on exige, de nos jours, un diplôme de secondaire 5 pour occuper à peu près tous les emplois, on doit diplômer plus de jeunes si on veut qu'ils puissent travailler.

On a décidé de sacrifier la qualité pour la quantité. En une décision, on a pelleté une bonne partie du problème de décrochage scolaire sous le tapis. On a accepté le fait que des travailleurs moins instruits, c'est socialement moins dommageable que des décrocheurs boudés par les employeurs, faute de diplôme.

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