L'État n'est pas neutre

La neutralité de l'État n'existe pas. Choisir la laïcité plutôt que la... (Photo Ivanoh Demers, archives La Presse)

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Photo Ivanoh Demers, archives La Presse

Micheline Marier

Ergonome, l'auteure habite le quartier Parc-Extension, à Montréal.

La neutralité de l'État n'existe pas. Choisir la laïcité plutôt que la théocratie ou l'athéisme institutionnel n'est pas neutre. Opter pour l'égalité homme-femme plutôt que pour le patriarcat ou le matriarcat n'est pas neutre. Asseoir la famille sur la monogamie plutôt que sur la polygynie ou la polyandrie n'est pas neutre. Plutôt que de neutralité de l'État, c'est d'équité qu'il faut parler. Équité envers toutes et tous, quels que soient le genre, l'âge, l'ethnie, la religion, l'orientation sexuelle... C'est le concept d'équité que sous-tendent les chartes des droits, pas celui de neutralité.

Laïcité, neutralité. Les deux termes sont souvent donnés comme synonymes et pourtant, la distinction est importante. Derrière le concept de neutralité se profile celui d'uniformité, alors que la laïcité a pour but de préserver le droit à la différence. La confusion entre les deux concepts induit par glissement que l'équité repose sur l'apparence de neutralité chez les représentants de l'État, c'est-à-dire concrètement sur leur normalité au sens de ce que la majorité entend.

Dans une société sécularisée comme le Québec l'est devenu, cela revient à l'absence de vêtements religieux. Mais un fonctionnaire qui porte des vêtements civils sans signe religieux sera-t-il pour autant équitable envers les usagers qui affichent leur religion? N'y a-t-il pas des exemples de traitement discriminatoire à l'égard de personnes d'autres cultures ou d'autres religions par des fonctionnaires d'apparence «neutre» ? A contrario, les hommes qui portent la kippa ou le turban - ou la barbe? - ou les femmes qui portent le hijab sont-ils incapables d'équité? L'Hôpital général juif de Montréal se situe dans le très multiethnique - et plurireligieux - quartier de Côte-des-Neiges. Y a-t-il dans cet hôpital des exemples de discrimination envers des non-juifs, catholiques, musulmans ou autres?

Quand Mme Janette Bertrand exprime la crainte d'être moins bien soignée par un médecin qui affiche son appartenance à l'Islam, parce qu'elle est une femme ou qu'elle est vieille, elle illustre le glissement que produit l'amalgame entre neutralité et équité.

En interdisant le port de signe religieux aux fonctionnaires, l'État renforce la conception dangereuse que les gens qui affichent leur différence religieuse sont suspects de non-respect de la démocratie et source de danger pour nos libertés. Les choses ne s'arrêteront pas là. Déjà, le projet de charte de la laïcité étend l'interdiction des vêtements religieux aux employés des services publics et parapublics, et certains proposent même de les interdire à certains usagers de ces services.

À quand l'interdiction dans la rue?

Plutôt que de conforter la crainte de la différence - aujourd'hui religieuse, demain d'une autre nature -, l'État devrait affirmer que la cohabitation des différences est possible, moyennant certaines règles, sans camouflage de l'altérité. C'est en côtoyant la différence au quotidien que l'on en découvre l'humanité commune. Autrement, chaque nouvelle génération d'immigrants est vécue comme un nouveau drame, une nouvelle menace à l'identité nationale. Est-ce ce que nous souhaitons pour le Québec?




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