Choisir son pétrole

Les émissions de GES du puits à la... (Photo d'archives Jeff McIntosh, Associated Press)

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Les émissions de GES du puits à la roue pour les bruts de pétrole bitumineux sont de 14 à 20% supérieures à la moyenne des carburants aux États-Unis.

Photo d'archives Jeff McIntosh, Associated Press

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Patrick Bonin, André Bélisle

Les auteures sont respectivement responsable de la campagne climat-énergie de Greenpeace et président de l'Association québécoise de lutte contre la pollution atmosphérique (AQLPA)

Dans un texte paru le vendredi 18 octobre dans La Presse, le professeur Pierre-Olivier Pineau qualifie de «distraction dommageable» l'opposition aux projets de pipelines destinés à transporter du pétrole des sables bitumineux au Québec. Ce point de vue est pour le moins étonnant lorsqu'on sait que plusieurs experts considèrent cette opposition comme étant la plus grande lutte environnementale en cours au Canada et aux États-Unis.

D'emblée, mentionnons que notre niveau de confiance envers l'Office national de l'énergie (ONÉ), chargé d'évaluer la sécurité du projet de pipeline 9b d'Enbridge, est minimal, voire nul. À la suite de l'adoption du projet de «loi Mammouth» C-38, la participation du public est limitée dans les audiences de l'ONÉ, au point tel que l'organisation Forest Ethics poursuit le fédéral alléguant que ces audiences sont antidémocratiques. De plus, celles-ci sont désormais limitées dans le temps à un maximum de 18 mois.

L'ONÉ n'examine pas les impacts environnementaux de ce projet liés à l'accroissement de la production des sables bitumineux et du coke de pétrole, au raffinage du pétrole bitumineux au Québec et à l'augmentation du transport du pétrole par bateau entre Montréal et Lévis. De surcroit, c'est désormais le cabinet du premier ministre fédéral qui décidera si le projet ira de l'avant, peu importe les conclusions de l'ONÉ.

L'augmentation projetée de 25% des volumes transportés dans le pipeline et le transport de bitume dilué, qui coule dans l'eau en cas de déversement, entraîne des risques accrus pour l'environnement et la santé publique. Ce pétrole est de 40 à 70 fois plus visqueux et a une teneur en soufre 5 à 10 fois plus élevée que le pétrole conventionnel moyen. C'est donc un pétrole «acide», «sulfureux» et «corrosif». 

Un expert reconnu en sécurité des pipelines, Richard Kuprewicz, a affirmé dans le rapport présenté à l'ONÉ par une coalition de groupes environnementaux qu'il y a un «risque élevé» de rupture suite à l'inversion du flux de la ligne 9B. Voilà pourquoi des dizaines de municipalités et d'organisations demandent à Québec de mener sa propre véritable évaluation environnementale de ce projet.

Selon le Service de recherche du Congrès américain, les émissions de GES du puits à la roue (le cycle de vie complet) pour les bruts de pétrole bitumineux sont de 14 à 20% supérieures à la moyenne des carburants aux États-Unis. Québec doit choisir les types de pétrole les moins polluants s'il est sérieux dans ses efforts de réduction des GES. Il doit par conséquent étiqueter les pétroles et établir une norme qui limitera la teneur en carbone des carburants à l'instar de ce que la Californie a fait et de ce que l'Europe envisage.

Il faut réduire notre consommation de pétrole de façon draconienne, investir dans les transports en commun, l'efficacité énergétique et l'électrification des transports, mais également choisir les pétroles les moins polluants et les plus sécuritaires à transporter, et les sables bitumineux n'en font tout simplement pas partie.




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