Une discrimination intolérable

De quel droit peut-on établir que l'aide médicale... (Archives La Presse Canadienne)

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De quel droit peut-on établir que l'aide médicale à mourir, un soin destiné à mettre fin à la souffrance, sera l'apanage de quelques privilégiés encore pleinement lucides? Sur la photo, la ministre Véronique Hivon, lors de la présentation de son projet de loi sur les soins en fin de vie.

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Louis Balthazar, Julie Girard, Marie-Jeanne Kergoat, Georges Lalande, Suzanne Philips-Nootens

Membres du Comité national d'éthique sur le vieillissement (CNEV), les auteurs s'adressent à la ministre déléguée aux Services sociaux, Véronique Hivon.

L'euthanasie et l'aide médicale à mourir ont le même objectif: offrir au malade une mort douce et sans souffrance, atteint par le même moyen, une injection qui agit en quelques minutes. Pour éviter que le geste relève du Code criminel, le Québec le qualifie de soin de santé, ce soin ultime se situant, pour reprendre l'expression du Collège des médecins, «dans un continuum de soins appropriés».

L'accès aux soins de santé est chez nous un droit garanti par la loi à tous les citoyens, en toute égalité et selon leurs besoins propres. Ainsi en est-il de tous les moyens de lutte contre la souffrance, du droit aux soins de fin de vie, du droit à la mort dans la dignité.

En vertu des dispositions spécifiques du projet de loi 52, une personne atteinte d'une maladie grave et incurable, d'un déclin avancé et irréversible de ses capacités, éprouvant des souffrances constantes et insupportables, et se trouvant en fin de vie (notion malheureusement non définie et donc sujette à interprétations variées) peut obtenir l'aide médicale à mourir, mais à une condition formelle: être majeure et apte à consentir aux soins.

Mais de quel droit peut-on ainsi établir qu'un soin destiné à mettre fin à cette souffrance sera l'apanage de quelques privilégiés encore pleinement lucides, introduisant ainsi une discrimination intolérable dans notre système de santé égalitaire?

L'aide médicale à mourir devrait ainsi pouvoir, comme le prévoit le Code civil pour tout autre soin de santé, être administrée, lorsqu'il y a lieu, sur la base d'un consentement substitué donné par le parent ou tuteur, le mandataire, le tuteur ou le curateur, ou autre proche.

Dans tous les cas de maladie grave, la souffrance des parents, des proches, l'épuisement des aidants naturels sont bien souvent tout aussi poignants que la situation du malade. Quand les voeux pieux exprimés à l'égard des soins de fin de vie dans le projet de loi 52 deviendront-ils réalité?

Légalisée, l'aide médicale à mourir deviendra inévitablement un soin libérateur pour tous: les enfants atteints de terribles maladies, les personnes vivant l'enfer de la maladie mentale, les personnes aînées en perte d'autonomie et qui se sentent un poids pour leurs proches et pour la société. D'autant plus libérateur que l'accès aux services est de plus en plus déficient, comme le souligne tout récemment le rapport de la Protectrice du citoyen.

Avez-vous oublié, Madame la Ministre, que la Commission spéciale de l'Assemblée nationale sur la question de Mourir dans la dignité disait elle-même, dans son rapport déposé en 2012 qu'il était «urgent d'agir pour permettre l'euthanasie car les soins palliatifs ne sont pas encore accessibles à tous les Canadiens» ?

Le Sénat belge débat actuellement de l'extension de l'euthanasie aux enfants et aux personnes atteintes de maladie mentale et le nombre d'euthanasies pratiquées y suit une courbe exponentielle. Un collectif de professionnels de toutes tendances publie, en 2012, une lettre dans laquelle ceux-ci «s'inquiètent des dérives observées depuis dix ans».

Pour la Société royale des médecins néerlandais, la seule accumulation des affections causées par l'âge et la perte d'autonomie peuvent être pour la personne source d'une souffrance intolérable relevant dès lors du domaine médical et pouvant justifier une demande d'euthanasie.

D'où notre profonde inquiétude pour toutes ces personnes inaptes auxquelles se consacrent avec un dévouement sans borne, outre les familles, de si nombreux professionnels.

Pouvez-vous soutenir, Madame la Ministre, que la légalisation du don de mort est un progrès pour les droits de tous et non seulement pour la liberté de quelques-uns?

Si les parlementaires décident d'engager le Québec dans cette voie, ils se doivent de le faire en toute lucidité et franchise à l'égard de leurs concitoyens. Il faut cesser de faire miroiter à ceux-ci l'efficacité, au Québec, d'un encadrement qui s'avérera bien vite, comme ailleurs, dérisoire. Il n'y aura pas de retour en arrière.




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