Le pain et le beurre de «Mutti»

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À moins d'un revirement, la chancelière allemande, Angela Merkel, obtiendra un troisième mandat consécutif.

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Khalid Adnane

L'auteur est économiste à l'école de politique appliquée de l'Université de Sherbooke.

Les législatives allemandes auront lieu demain et tout porte à croire qu'Angela Merkel se dirige allègrement vers la victoire. Depuis le début de la campagne électorale, sa stratégie est toute simple: la carte de la continuité. Son slogan l'est tout autant: «l'avenir de l'Allemagne est entre bonnes mains», accompagné de la pose classique de la chancelière sortante, les mains jointes en signe de parfait contrôle. Et ça semble lui réussir!

Son rival Peer Steinbrück aura beau multiplier les attaques sur son bilan social, en dénonçant la hausse de la précarité au travail et l'appauvrissement encore plus important d'une frange de travailleurs, notamment ceux des «minijobs», rien n'y fait.

Mme Merkel, que ses compatriotes surnomment affectueusement «Mutti» pour Maman, conserve une confortable avance: son parti (CDU) mène, tous sondages confondus, avec près de 40% des voix alors que celui de M. Steinbrück (SPD) est confiné à 25% depuis le début de la campagne.

À ceux qui lui reprochent son intransigeance face aux pays fragiles (comme la Grèce), son obsession pour l'orthodoxie budgétaire et pour l'assainissement des finances publiques au sein de la zone euro, Mme Merkel répond que «la médiocrité ne devrait pas être l'étalon». Elle précise que la rigueur budgétaire est la seule voie capable de redresser ces économies et les ramener vers des jours meilleurs: à l'image de ce que son propre pays vit aujourd'hui, après des années de sacrifices. Résultat: un taux de satisfaction de plus de 70% à son égard.

Mme Merkel ne manque pas une occasion pour rappeler à ses détracteurs le bilan économique enviable de l'Allemagne, notamment face à ses partenaires européens. Le taux de chômage, qui se situait à plus de 11% au début de son premier mandat, est aujourd'hui à environ 5%, la moitié de celui de la zone euro.

Côté finances publiques, le déficit en 2013 est d'à peine 0,2% du PIB et le gouvernement prévoit des excédents à partir de 2015. Quant aux coûts d'emprunt sur les obligations allemandes, ils sont littéralement à leur niveau le plus bas (si bien que le pays a économisé plus de 40 milliards d'euros en intérêts depuis 2010). Enfin, la balance commerciale et les caisses de retraite et d'assurance maladie nagent dans des surplus qualifiés d'historiques.

Il n'est donc pas étonnant que même le réputé magazine britannique The Economist, habituellement (et farouchement) hostile à Mme Merkel, souhaite sa réélection, car il estime qu'elle est la seule dirigeante capable de mener à bon port l'Allemagne, mais aussi toute l'Europe.

En ce sens, à moins d'un revirement à la fois spectaculaire et inattendu, Mme Merkel obtiendra un troisième mandat consécutif à la tête de la chancellerie. Du coup, elle fera, une fois de plus, la démonstration qu'au-delà des discours enflammés, des pancartes, des publicités et des poignées de main, c'est sur le plan économique, d'abord et avant tout, que les élections se gagnent: sur le pain et le beurre, comme on dit.

Et ça, «Mutti» semble l'avoir très bien compris!

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