La fin du génie-conseil?

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Le sort de la firme Dessau et de sa filiale Verreault est scellé. Du revers de la main, on décide sans plus de procès de sacrifier 5000 emplois dans un domaine professionnel de la plus haute importance pour la société québécoise.

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Gaëtan Lafrance

L'auteur est professeur honoraire au Centre Énergie Matériaux Télécommunications de l'INRS.

Le sort de la firme Dessau et de sa filiale Verreault est scellé. Tout a commencé avec la sanction du maire de Montréal, Michael Applebaum, d'interdire à ces entreprises de soumettre des propositions pour les cinq prochaines années. L'Autorité des marchés financiers (AMF) et l'insouciance du gouvernement Marois ont planté le dernier clou dans le cercueil. Est-ce la fin du génie-conseil québécois? Il y a péril en la demeure.

Voyez le ridicule. À peine un mois et demi plus tard, M. Applebaum fait face à quatorze chefs d'accusation. Si l'on pousse la logique jusqu'au bout, est-ce dire qu'il faille mettre à pied tous les employés de l'arrondissement Côte-des-Neiges-Notre-Dame-de-Grâce, avant même le procès de l'ancien maire?

Voilà les conséquences de la nouvelle Loi 1. Du revers de la main, on décide sans plus de procès de sacrifier 5000 emplois dans un domaine professionnel de la plus haute importance pour la société québécoise, sans considération de la spécialité des départements, de la taille et de l'origine des contrats, du type de génie ou de la probité des employés. Sur les simples déclarations d'un dirigeant avouant avoir fait de la collusion à Laval dans le domaine de la voirie, on interdit à son entreprise tout le secteur public québécois, quel que soit le domaine d'expertise.

Comme d'autres firmes importantes risquent aussi de passer dans la moulinette, c'est tout le génie-conseil québécois qui est au pilori. Pour une firme de génie, être privée de contrats publics pendant cinq ans, c'est la peine de mort sans possibilité d'appel. Pas d'amnistie possible, dit Jean-François Lisée. 

Dans un contexte où le Québec ne fait plus confiance à ses propres ingénieurs, pourquoi les créanciers le feraient-ils? Qui de l'extérieur le fera? Connaissant la compétition sauvage de ce secteur dans le monde, certains pays en profiteront pour éliminer un acteur compétent. Leurs firmes sont-elles sans taches?

Il y a plus. C'est tout le domaine des sciences et génie qui est difficulté. Où les nouveaux chômeurs pourront-ils décrocher un emploi? À cause du déficit zéro, plus question d'engager de nouveaux professionnels dans les ministères, les projets d'infrastructure ont été diminués, le secteur des ressources est miné, Hydro-Québec coupe des postes, le Fonds de recherche du Québec a été amputé, etc. C'est toute une génération de nouveaux ingénieurs que l'on est en train de sacrifier, car c'est eux qui écopent en premier. Cinq ans, c'est une éternité dans le monde du génie-conseil. À coup sûr, toute l'expertise du domaine sera perdue.

La Loi 1 et l'AMF administrent une justice aveugle, expéditive, simpliste, populiste. Quand on veut laver plus blanc que blanc, il y a des dommages collatéraux qui peuvent être plus graves que le problème qui a déclenché l'opération. C'est toute la communauté de science et génie qui est concernée. Ce serait une grave erreur de laisser Dessau se défendre toute seule.

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