La mort de l'intérêt commun

Je ne suis pas dérangé par le défilé... (Image tirée d'une vidéo, La Presse)

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Je ne suis pas dérangé par le défilé des magouilleurs devant la commission Charbonneau. Une telle conduite est dans leur nature. Ce qui est désolant, c'est de voir combien le citoyen moyen, celui à qui ne profitait même pas le crime, se taisait.

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Éric Bergeron

L'auteur est chargé de cours à l'Université de Montréal.

Depuis maintenant des années, nous assistons au Québec à l'effritement de toute pensée collective qui pourrait permettre à ce peuple d'aller de l'avant. 

Depuis l'échec du référendum de 1980, et tel que prédit par Arcand, la province s'enfonce chaque jour un peu plus dans un faux confort et une vraie indifférence, marasme à la fois psychologique et moral qui a atteint son paroxysme ces dernières années alors les scandales minent chaque jour un peu plus l'humeur du citoyen moyen.

Contrairement à d'autres, je ne suis pas dérangé par le défilé de chefs d'entreprises, de politiciens aveugles ou perfides et de magouilleurs professionnels que nous offre chaque jour la commission Charbonneau. 

Je ne suis pas non plus surpris que de telles personnes, atteignant un certain niveau de pouvoir, se soient empressées de l'utiliser pour leur propre compte. Toute recherche psychologique un tant soit peu sérieuse démontre que pour la majorité de ceux motivés par la recherche du pouvoir, une telle conduite est dans leur nature.

Ce qui est désolant, c'est de voir combien le citoyen moyen, celui à qui ne profitait même pas le crime, se taisait. Je reste toujours étonné, lorsque je m'indigne contre telle injustice ou quand je défends telle personne lésée dans ses droits, d'entendre mon entourage beugler bêtement: «Pourquoi tu t'en mêles? C'est pas de tes affaires».

Pour chaque personne plongeant ses mains dans le banquet de billets verts offert par la magouille, 100 autres se sont tourné la tête en disant: «C'est pas de mes affaires.» «Ça m'atteint pas directement.» «C'est l'affaire des autorités.» «J'ai trop à perdre.»

Je suis assez vieux pour me souvenir d'un temps où dans ma ville, chaque parent se donnait le droit de semoncer un enfant qui se comportait de mauvaise manière en public. Il le faisait au nom d'un principe clair. Il y a, au-delà des droits individuels de chacun, un intérêt commun à défendre et chaque habitant de la Cité a un devoir de protéger un tel acquis.

Des errements de la commission Bouchard-Taylor, en passant par l'absurdité de certains accommodements raisonnables jusqu'à l'incapacité chronique de la société québécoise à trouver quelconque solution originale au cul-de-sac dans lequel elle se retrouve, on reconnaît la même incapacité à prendre en compte l'intérêt commun. Certains blâmeront la Charte des droits et libertés qui, au cours des années, est venue saper l'importance du collectif à l'avantage des droits de chacun. Il y a certainement un peu des deux, les mentalités venant affecter la compréhension des juristes tout comme cette dernière affecte les échanges entre les citoyens.

Dans nos sociétés au narcissisme exacerbé et aux droits individuels brandis à tout vent, l'on pourrait croire qu'il n'y a plus de place pour la question de l'intérêt commun. Il suffit toutefois de voir la population se ranger rapidement derrière tout leader politique avec une vision rassembleuse pour comprendre combien une telle opinion est contraire à la réalité. 

Ce n'est que parce que la politique des dernières décennies n'a été bien souvent que compromise avec des lobbys de tout genre, le nez collé sur les sondages, qu'on a oublié le rôle du leader dans la promotion de l'intérêt commun. Ne nous blâmons pas trop puisque le leader l'a tout autant oublié.

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