La ruée vers l'or est finie

La bulle se dégonfle. À 1900$ l'once à... (PHOTO SHANNON STAPLETON, Reuters)

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La bulle se dégonfle. À 1900$ l'once à l'automne 2011, le prix de l'or devrait encore chuter pour se stabiliser aux environs de 1000$ en 2015.

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Nouriel Roubini

Économiste réputé, l'auteur est président de Roubini Global Economics et professeur au NYU Stern School Economics, à New York.

La flambée du cours de l'or ces dernières années - de 800$ début 2009 à plus de 1900$ l'once à l'automne 2011 - avait toutes les caractéristiques d'une bulle. Et maintenant, à l'instar de toute flambée des prix des actifs déconnectés des fondamentaux de l'offre et de la demande, cette bulle de l'or se dégonfle.

Au plus fort de cette flambée, les fous de l'or - un mélange d'investisseurs paranoïaques et d'autres dont l'agenda politique est déterminé par la crainte - prédisaient joyeusement des prix de l'or de l'ordre de 2000, ou même 5000$ l'once d'ici quelques années. Mais le cours n'a fait que baisser depuis. L'or se négocie présentement à environ 1400$, une chute de près de 30% depuis son sommet de 2011.

De nombreuses raisons peuvent expliquer l'éclatement de la bulle, et pourquoi le cours de l'or devrait probablement encore chuter pour se stabiliser aux environs de 1000$ l'once en 2015.

Premièrement, le prix de l'or a tendance à flamber lorsque de sérieux risques économiques, financiers, et géopolitiques menacent l'économie globale. Pendant la crise financière, même la sécurité des dépôts bancaires et des obligations d'état était mise en doute par certains investisseurs. Si l'on s'inquiète d'un Armageddon financier, il est vraiment temps, métaphoriquement, de stocker dans son bunker des armes, des munitions, des conserves et des lingots d'or. Mais même dans ce terrible scénario, l'or pourrait s'avérer un piètre investissement. Au plus haut de la crise financière globale de 2008 et 2009, les prix de l'or se sont effondrés à plusieurs reprises. Dans un resserrement aigu du crédit, l'effet de levier des achats d'or entraîne des ventes forcées, parce que toute correction de prix déclenche des appels de marge.

Deuxièmement, l'or se comporte mieux lorsqu'il y a un risque de forte inflation, dans la mesure où sa popularité en tant que réserve de valeur augmente. Mais en dépit d'une politique monétaire très agressive menée par de nombreuses banques centrales, l'inflation globale est malgré tout faible et en recul constant.

Troisièmement, contrairement à d'autres actifs, l'or ne rapporte aucun revenu. Alors que les actions cotées en bourse rapportent des dividendes, les obligations ont leurs coupons, et les maisons, des loyers, l'or n'est qu'un jeu sur la revalorisation du capital. Maintenant que l'économie globale se rétablit, d'autres actifs - actions cotées en Bourse ou même l'immobilier renaissant - donnent désormais de meilleurs rendements.

Quatrièmement, les prix de l'or ont fortement augmenté lorsque les taux d'intérêt réels (ajustés à l'inflation) sont devenus négatifs à la suite des différents cycles de facilités quantitatives. Le moment pour acheter de l'or survient lorsque les rendements réels des liquidités et des obligations sont négatifs et en baisse. Mais les meilleures perspectives des économies américaine et globale impliquent à terme une sortie des facilités quantitatives et des taux directeurs à zéro de la part de la Réserve fédérale et des autres banques centrales.

Cinquièmement, certains ont prétendu que les pays souverains fortement endettés inciteraient les investisseurs à se tourner vers l'or du fait des risques portés par les obligations. Mais l'on assiste à une situation contraire. De nombreux gouvernements lourdement endettés possèdent d'importantes réserves d'or dont ils pourraient décider de se débarrasser pour réduire leurs dettes.

L'or demeure cette «relique barbare» de John Maynard Keynes, sans aucune valeur intrinsèque et principalement utilisée comme valeur refuge contre des craintes et des paniques largement irrationnelles. Oui, tous les investisseurs devraient posséder une part très modeste d'or dans leur portfolio comme couverture contre les risques extrêmes. Mais d'autres actifs réels peuvent constituer une couverture comparable, et ces risques extrêmes sont plus faibles qu'ils ne l'étaient au plus fort de la crise financière globale.

Même si le cours de l'or est susceptible de monter dans les prochaines années, il restera très volatile et accusera une baisse à terme, au fil de l'amélioration de l'économie globale. La ruée vers l'or est terminée.

© project-syndicate.org

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